En ce début de printemps, deux expositions que j’attendais sont programmées à Valence. Il y a d’une part l’exposition de dessins et peintures d’Hubert Robert et de Fragonard au musée de Valence, et d’autre part des photographies de Pierre de Vallombreuse au Centre du Patrimoine Arménien. Et pour une fois, je n’ai pas attendu leur quasi fin pour y aller, mais j’ai au contraire profité des premiers jours d’exposition (preuve s’il en fallait de mon impatience à les découvrir).

Hubert Robert & Fragonard – Le sentiment de la nature au Musée de Valence
Dire que j’attendais l’exposition Hubert Robert & Fragonard au musée de Valence est un euphémisme. Cela faisait plus d’un an que j’avais entendu qu’elle était en train de se monter, et même sans en connaître le sujet précis, j’avais hâte. Il faut dire qu’afficher ces deux peintres majeurs du XVIIIe siècle avait de quoi titiller ma curiosité.

Le choix de monter une exposition autour d’Hubert Robert semble assez naturel pour le musée de Valence. En effet, il possède l’une des plus importantes collections au monde d’œuvres du peintre (après Le Louvre et le musée de l’Hermitage de Saint Pétersbourg). C’est en visitant l’exposition que j’ai compris le choix de mettre l’œuvre d’Hubert Robert en dialogue avec celle de Fragonard. En effet, les deux artistes sont non seulement contemporains mais aussi se connaissaient très bien, avec des parcours qui se croisent tout au long de leurs carrières. Ils ont ainsi été tous les deux pensionnaires à Rome en même temps, et sont restés en contact jusqu’à la fin de leur vie.

Que ce soit pour Hubert Robert ou pour Fragonard, la nature a été une grande source d’inspiration. Il est intéressant de voir comment l’un et l’autre traitent le même sujet, ce qu’ils mettent en avant, comment ils composent le tableau qu’ils dessinent. L’exposition met vraiment en avant le parallélisme de leur travail, s’appuyant sur les similitudes mais aussi les différences. La diversité des formats proposés ainsi que le fait de mêler dessins et peintures, croquis et sujets achevés appuie les ressemblances de traitement entre les deux peintres tout en soulignant les écarts.








J’ai vraiment apprécié cette exposition qui immerge le visiteur dans la représentation de la nature au XVIIIe siècle à travers le regard de deux artistes qui se complètent. On y découvre aussi les frémissements de la naissance du Romantisme, particulièrement dans l’œuvre d’Hubert Robert.
Les temps modernes – photographies de Pierre de Vallombreuse au Centre du Patrimoine Arménien
Le Centre du Patrimoine Arménien propose régulièrement des expositions photographiques de qualité. Cette fois, ce sont des photos de Pierre de Vallombreuse prise sur une île des Philippines au fil des années. Au coeur d’une vallée sauvage de l’île de Palawan, le photographe a suivi pendant presque 40 ans l’évolution du quotidien de la tribu autochtone des Tau’t Batu. Dans une scénographie immersive, l’exposition présente une sélection d’images prises au fil des années. Elle documente les changements opérés dans le temps, la fin de l’isolement de la vallée, l’arrivée d’une modernisation avec ses dérives.

Ce qui m’a frappé en premier, c’est la composition impeccable des photographies de Pierre de Vallombreuse. Chaque fois, l’humain est présenté comme minuscule face à l’immensité de la canopée de la forêt primaire. Affichées en grands formats, l’impression de plonger dans les images est fascinante. Mais assez vite, quelque chose m’a dérangée dans la scénographie de l’exposition, dans le choix des textes affichés, dans la présentation qui accompagne et contextualise les photos.


Je n’ai pas réussi à me départir d’une sensation étrange où tout est présenté à travers un prisme occidentaliste. Presque immédiatement, c’est la pensée de Rousseau, et de son homme à l’état de nature, ou encore de Diderot et son Supplément au voyage de Bougainville qui s’impose à moi. J’ai l’impression que le mythe de bon sauvage s’écrit une nouvelle fois. En y repensant, j’ai eu ce sentiment que j’étais en train de regarder une version photographique de Tristes tropiques de Claude Lévi Strauss, avec les mêmes réticences que j’avais eues à la lecture de l’ouvrage de l’ethnologue.


En dépit de cela, le travail de documentation de Pierre de Vallombreuse est notable. On visualise les changements. On devine la catastrophe écologique, et économique sur cette région. J’aurais juste préféré que le propos associé aux images soit plus nuancé, plus neutre. Ce n’est pas la première fois que j’ai cette impression d’une présentation très occidentalo-centrée autour d’un témoignage artistique sur un peuple autochtone dans une exposition au Centre du Patrimoine Arménien. En effet, lors de ma visite de l’exposition de Julien Lombardi en 2024, les explications du médiateur m’avaient déjà laissé ce sentiment.

Dans l’exposition, le noir et blanc est utilisé pour l’avant, évoquant une période de bonheur simple, tandis que la couleur est utilisée pour le maintenant, évoquant le progrès destructeur.

Informations pratiques
- L’exposition « Hubert Robert & Fragonard – Le sentiment de la nature » est présentée jusqu’au 21 juin 2026 au Musée de Valence. Les informations pratiques pour la visite, ainsi que la programmation associée à l’exposition, sont à retrouver sur le site internet du musée.
- L’exposition « Les temps modernes. Palawan, Philippines » des photographies de Pierre de Vallombreuse est proposée jusqu’au 20 septembre 2026 au Centre du Patrimoine Arménien à Valence. Les informations pratiques pour la visiter sont disponibles sur le site internet du CPA.
Valence – Drôme – mars 2026