[Drôme] Grignan 1690, une journée dans les pas de la Marquise de Sévigné

Durant le premier week-end de mai, le château de Grignan a offert à ses visiteurs un voyage dans le temps. Sitôt le châtelet passé, nous nous retrouvions en 1690 pour une journée riche en évènements et découvertes. Avec Melle 3e, nous y sommes allées le premier jour, pressées de découvrir ce que ce bond dans le passé nous réservait. Si sur le papier, une journée entière au château peut sembler longue, je peux vous assurer que nous ne nous sommes pas ennuyées et que nous n’avons pas vu passer le temps de notre arrivée à 10.30 jusqu’à notre départ à plus de 20.00. Venez, je vous raconte.

vue sur le château de Grignan
Le château de Grignan domine le village.

Un peu de contexte

Le château de Grignan à la fin du XVIIe siècle appartient à François Adhémar de Monteil de Grignan, héritier de la famille des Adhémar (qui a donné son nom à la ville de Montélimar). Il est lieutenant général de Provence, une des plus hautes fonctions de l’état. En 1669, il épouse en troisième noce Françoise Marguerite de Sévigné, la fille de la Marquise de Sévigné. Quand la nouvelle Comtesse de Grignan s’installe à Grignan, la Marquise débute alors une correspondance soutenue avec sa fille. Madame de Sévigné fera aussi trois longs séjours à Grignan, plus d’un an à chaque fois (en même temps, il lui faut trois semaines pour venir depuis le château des Rochers, sur ses terres de Bretagne). Elle y décèdera en 1696.

une Marquise et un mousquetaire à cheval lors d'une reconstitution historique
Evocation de l’arrivée de Madame de Sévigné à Grignan en 1690

Cette année marque les 400 ans de la naissance de la Marquise de Sévigné. Le département de la Drôme a lancé une année de célébrations : l’année Sévigné. Le château de Grignan est forcément très impliqué dans ce dispositif et de nombreux évènements y ont lieu toute l’année. Ce week-end de reconstitution historique, une première au château de Grignan, en fait partie. Et on peut dire que le succès a été au rendez vous car sur les trois jours, près de 10 000 visiteurs y ont participé.

manches de robes en toile fleuries
Tout le week-end, les visiteurs pouvaient louer des costumes de Marquise, Marquis ou Mousquetaire.
J’ai ainsi porté toute la journée une robe longue, pour entrer complètement dans l’ambiance Grand Siècle

Des animations dans les cours du château

Un spectacle équestre dans la cour d’honneur

Tout au long de la journée, des spectacles et animations se sont succédés dans les différentes cours du château. Dans la cour d’honneur, c’est un spectacle équestre qui se jouait. La Marquise de Sévigné, accompagnée de mousquetaires, a ainsi pu faire la démonstration de son savoir faire à cheval. Il est à noter la performance pour les chevaux qui ont travaillé dans un environnement peu propice : la cour d’honneur est en petits galets ronds et présente une légère déclivité. On est bien loin des carrières planes en sable dont ils ont l’habitude. Agrémenté de quelques danses baroques et d’un peu d’escrime, c’était un joli spectacle par lequel nous avons débuté notre journée.

cavalière en tenue de marquise
Démonstration d’équitation dans la cour du château
défilé de personnes en costumes baroques
Défilé des danseurs dans la cour d’honneur du château
défilé de personnes en costumes Grand Siècle
Défilé des danseurs costumés dans les cours du château

Des échoppes dans la cour des ruines

La cour des ruines est habituellement fermée au public. Il faut dire qu’elle se situe dans une aile qui n’a pas fait l’objet d’une reconstruction après l’achat du château par Marie Fontaine au début du XXe siècle, et qu’elle présente donc un intérêt de visite assez limité. Durant les journées de reconstitution, des échoppes y avaient été installées. On pouvait ainsi y découvrir des métiers aujourd’hui disparus, comme le poupetier (qui faisait des poupées) ou le paternostrier (qui fabriquait des chapelets à partir de graines séchées). Il y avait aussi un écrivain public et un intéressant cabinet de curiosités.

étalage de rubans sur un marché
Le marchand de tissus et rubans
renard empaillé avec un lapin
Un renard au regard douteux dans le cabinet de curiosités (ou comme dirait Melle 3e « passion animaux mal empaillés »)
lettres manuscrites
Extrait de lettres

De l’escrime dans la cour du puits

Dans la cour du puits, c’est avec bonheur que j’ai retrouvé les membres de l’Académie AMHE. Je les avais déjà vus lors de reconstitutions de combats du Moyen-Âge à Rochemaure et présentant l’escrime Renaissance à Montélier. J’aime beaucoup ce qu’ils proposent. Les explications de Gilles, le maître d’armes, sont toujours très claires. On repart à chaque fois en ayant appris quelque chose sur les pratiques de l’époque concernée. Cette fois, nous sommes au XVIIe siècle. Il est question de duels à l’épée mais aussi d’entrainements pour les batailles avec épée à deux mains ou encore avec épée et rondache. Les combats ne sont pas chorégraphiés et c’est ce qui rend les démonstrations encore plus intéressantes.

Des visites originales dans le château

Un accès libre tout au long de la journée

Durant ces trois jours, toute la journée, l’accès à l’intérieur du château était libre (dans la limite des jauges de sécurité bien entendu). C’était l’occasion pour moi de parcourir à nouveau les différentes salles du château dans ses habits de printemps. Comme il y avait beaucoup de monde, je n’ai pas pris de photos à l’intérieur en dehors de celles du bel escalier d’honneur, décoré de fleurs (Si vous voulez en voir plus, vous pouvez aller découvrir ma visite du château pour Pâques l’année dernière, à la saison des lavandes , un jour pluvieux à l’automne ou pour les fêtes de fin d’année).

rambarde d'escalier couverte de fleurs
L’escalier d’honneur dans son habit de printemps

Une visite théâtralisée en soirée

En fin d’après-midi, le château a fermé ses portes… pour les rouvrir à partir de 18.30 dans le cadre de visites théâtralisées. Répartis en deux « familles », les Forbin et les Castellane, nous sommes entraînés de pièce en pièce à la rencontre des habitants du château. Nous croisons ainsi le Comte et la Comtesse de Grignan qui préparent une fête, Madame de Sévigné qui écrit une lettre, Charles fils de la Marquise, mais aussi un groupe de gentilhommes prêts à en découdre. Ils finiront d’ailleurs par le faire sur la terrasse du château. Nous terminons dans la salle de bal pour une démonstration de danse baroque. La visite dure une heure que je n’ai pas vue passer, et se termine sur la terrasse avec le soleil déclinant, un verre à la main.


Grignan 1690 – journée de reconstitution historique
château de Grignan – Drôme
1er mai 2026


Informations pratiques pour (re)découvrir le château de Grignan

  • Pour visiter le château :
    • Le château de Grignan est ouvert à la visite toute l’année. Les horaires varient selon la saison.
    • Il n’y a pas de « meilleure saison » pour le visiter. J’y suis allée à différents moments de l’année, et c’est toujours un plaisir. Même si vous y êtes déjà allés, n’hésitez pas à en pousser à nouveau les portes.
    • Des évènements ponctuels ont lieu au fil des mois, et les décorations du château évoluent au fil du calendrier : Noël, Pâques, etc. De nombreuses manifestations sont organisées toute cette année 2026 dans le cadre de l’année Sévigné.
    • Un nouveau parcours de visite sera mis en place au début de l’été, avec l’ouverture du second étage. J’ai hâte de pouvoir le découvrir.
deux gentilhommes sur la terrasse du château de Grignan
Fin d’une belle journée au château de Grignan

  • Pour profiter d’un spectacle : Les Fêtes Nocturnes reviennent cet été dans la cour du château avec L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène par Robin Renucci. Cela fera forcément partie de mon programme estival (comme les pièces montées dans ce cadre ces dernières années : Fracasse en 2021, Les Fâcheux en 2022, L’Avare en 2023, Histoire d’un Cid en 2024, Le Barbier de Séville en 2025)

table de produits locaux pour un pique-nique
Le pique-nique chic à base de produits du terroir au Café Louis Provence

  • Pour se restaurer ou faire une pause : Le café Louis Provence situé dans le bosquet du château propose des paniers pique-nique du terroir à déguster sous les arbres, ainsi que des glaces et des rafraichissements. J’ai pu tester les produits (locaux) du panier pique-nique et je me suis régalée. Il y a une option végétarienne hyper qualitative à base de tartinade de légumes, houmous et affinade d’olive de Nyons.
  • Autour du vin : parler de Grignan sans parler de vin, c’est compliqué. Plusieurs animations sont proposées au château au fil de l’année autour de l’appellation Grignan-Adhémar. Il est aussi possible de prendre à certains moments un verre de vin sur la terrasse tout en profitant de la superbe vue sur les environs.
    (*) L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération
reflet de la balustrade du château de Grignan dans un verre de vin blanc avec un logo Sévigné 2026
Le plaisir d’un verre de vin sur la terrasse du château au coucher du soleil
(*) L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération


Le château de Grignan est en lice pour le Monument Préféré des Français 2026. Le vote est possible jusqu’au 22 mai 2026 sur le site de France TV. J’ai bien entendu voté pour lui, mais n’hésitez pas à le faire également !

[petits moments] les journées du patrimoine au château de Roche Faucon

Cette année, je n’ai fait qu’une seule visite lors des journées du patrimoine (pour cause de migraine…). Mais je dois dire que je suis plutôt contente du choix que j’ai fait. Je suis en effet allée au château de Roche Faucon à Chateaubourg en Ardèche. L’année dernière, déjà, j’avais voulu le visiter. Mais la file d’attente beaucoup trop longue alors que le monument venait à peine d’ouvrir ses portes m’avait dissuadée. Cette année, les propriétaires avaient choisi de ne proposer les visites que sur réservation afin de limiter la file d’attente d’une part et d’éviter les visiteurs frustrés d’autre part. J’avais réservé une place pour la première visite du samedi matin. C’est avec une quinzaine d’autres visiteurs que j’ai découvert le site.

château de Roche Faucon à Chateaubourg en Ardèche

Lors de cette ouverture exceptionnelle, on pouvait découvrir 3 salons ainsi que des parties communes de cet édifice dont les fondations remontent au XIe siècle. Situé sur un éperon rocheux, le château domine le village mais surtout la vallée du Rhône; à quelques dizaines de mètres du fleuve. On a donc depuis le château une vue panoramique sur les environs. A la fois habité et en cours de rénovation, le lieu était animé par la Maisnie du Chevalier Bragon. Nous avons commencé par découvrir le maître d’armes qui nous a présenté quelques équipements médiévaux. Puis, nous avons croisé le géographe et son apprenti qui prenaient des mesures par la fenêtre et les reportaient sur une carte à l’aide d’instruments anciens. Ensuite, ce sont les dames qui jouaient dans le salon. Enfin, dans une pièce en partie souterraine où le rocher affleurait, c’est le bourreau qui nous a parlé de son travail et ses outils.

un chat noir sur un sol en pierre
Le plus mignon des habitants du château

J’ai vraiment apprécié cette visite à la fois ludique et instructive. Le château est magnifique, même si cette découverte n’était qu’un bref aperçu de cet immense bâtiment. J’espère avoir une prochaine fois l’occasion d’en voir plus !

château de Roche Faucon à Chateaubourg
Le château de Roche Faucon domine le village de Chateaubourg


Chateaubourg – Ardèche – septembre 2025

[Ardèche] 4 sites pour un voyage dans le temps au Moyen-Âge

L’Ardèche est un territoire à l’histoire très riche. On y trouve donc de nombreux sites datant de l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine. Parmi ceux-ci, plusieurs nous plongent au cœur du Moyen-Âge pour un véritable voyage dans le temps. Si les sites médiévaux en Ardèche sont bien trop nombreux pour être listés, je vous en ai sélectionné quatre, situés dans la Vallée du Rhône ou à proximité immédiate. Je vous invite donc à me suivre à Crussol, Saint Vincent de Barrès, Cruas et Rochemaure, direction le Moyen-Âge !

Dans le château de Crussol

Impressionnant château de Crussol

Notre première étape au cours de ce voyage au Moyen-Âge se fait à Crussol. Sur la montagne du même nom, face à la ville de Valence, dominant la vallée du Rhône, le site de Crussol se dresse, imposant. Entre le XII et le XIVe siècle, le château de Crussol compte plus de 600 habitants intra-muros. Il faut dire que les murs longs de 800 mètres entourent une vaste surface : environ 3 hectares étaient ainsi abrités, accueillant une véritable ville au Moyen-Âge.

Vue d’ensemble du château de Crussol

Si le haut du logis seigneurial, perché sur une falaise dominant la vallée du Rhône de plus de 250 mètres, est visible de loin, il faut s’approcher par le côté opposé pour se rendre compte de l’immensité du château de Crussol. Après avoir monté la montagne de Crussol, on se retrouve au pied de l’impressionnante forteresse et des vestiges du village fortifié.

Début de l’ascension vers les ruines du château de Crussol

Du parking, situé en contrebas du site, part un chemin piéton qui mène au château de Crussol. Après avoir dépassé le bâtiment d’accueil (où l’on peut en saison prendre un rafraichissement, visiter une petite exposition et en apprendre plus sur le site historique mais aussi naturel de Crussol), et le théâtre de verdure (cadre, entre autres, d’un festival chaque été), on commence à monter doucement en direction des ruines. Le sentier zigzague le long du coteau avant d’arriver à la porte fortifiée. De chaque côté, la vue est splendide, et le sera d’autant plus que l’on montera : d’un côté la plaine de Valence, de l’autre les vignes de Cornas et Saint Péray, à nos pieds le Rhône…

Au dessus de la porte fortifiée
Vue sur Saint Péray et ses coteaux

Une fois la porte passée, nous sommes au cœur de l’ancien village dont on devine les rues et les maisons. Crussol est un fantastique terrain de jeu pour les enfants qui ont vite fait de s’y imaginer des aventures à base de chevaliers. Plus grands, ce sont les aspects sportifs qui intéresseront les aventuriers : courir sur les sentiers, grimper sur les rochers, essayer de trouver de nouveaux passages entre les habitations… Ce jour-là, j’étais accompagnée de Mr 2e et il n’a pas manqué de mener quelques explorations un peu intrépides.

Dans les ruines de Crussol, c’est parti pour l’aventure !

En arrivant tout en haut du site, on pénètre dans l’ancien logis seigneurial dont les fenêtres à meneaux se devinent depuis le Champ de Mars de Valence, sur l’autre rive du Rhône. C’est de là que la vue est la plus impressionnante. Si le temps est dégagé (comme le jour où nous y étions), on peut entre autres voir le synclinal de Saoû, le Vercors, la colline de l’Hermitage à Tain, la tour penchée de Soyons et bien sûr Valence. C’est l’endroit rêvé pour faire une lecture de paysage, ce dont nous ne nous privons pas.

Dans le logis seigneurial
Fenêtre avec vue
La montagne de Crussol domine Saint Péray
Vue sur Valence

C’est le moment de faire demi-tour et de redescendre pour nous. Toutefois, il est tout à fait possible de continuer la balade en sortant du château par la poterne haute, et de gagner par exemple la Tour de Soyons en longeant les crêtes de la montagne de Crussol.

Vue sur les crêtes de la montagne de Crussol

(*) La visite du château de Crussol est complètement libre, et l’accès au site n’est pas soumis à des horaires. L’accueil du site propose cependant des visites guidées, que ce soit autour du patrimoine historique ou du patrimoine naturel (la montagne de Crussol est par exemple très réputée pour ses orchidées sauvages, et ses fossiles).
Il est également possible de randonner autour du château de Crussol, sur les nombreux sentiers balisés du secteur. Lors d’un précédent passage à Crussol, nous avions par exemple fait une jolie boucle dans la forêt de chênes verts.
Enfin, il y a un site d’escalade accessible à pied depuis le parking du château de Crussol, et s’il est bien fléché, son nom m’amuse beaucoup : il s’agit du site « Top Secret » !


Saint Vincent de Barrès, village de caractère

Pour atteindre le village de Saint Vincent de Barrès, il faut s’éloigner un peu de la vallée du Rhône. Situé au pied du plateau du Coiron, dans la plaine du Barrès, Saint Vincent a été édifié au Moyen-Âge sur un ancien site gallo-romain, à la limite des diocèses de Viviers et de Valence. Aujourd’hui, Saint Vincent de Barrès est labellisé Village de Caractère de l’Ardèche. C’est avec Melle 3e que nous sommes parties l’explorer.

L’entrée dans le village par la porte des notables nous fait passer par un passage couvert et nous emmène directement au Moyen-Âge

Arrivées à l’heure du déjeuner, nous avons emporté un pique-nique et nous nous sommes installées sur une petite place du village, devant la vue sur le plateau de Coiron. Le paysage qui nous fait face est contrasté, entre plaine et petites montagnes. Nous sommes là entre volcans et sédiments, entre la plaine alluviale de l’ancien Rhône et les jeunes volcans d’Ardèche.

Paysages contrastés

Une fois notre repas avec vue terminé, nous partons explorer le village. Les habitations sont construites avec à la fois des pierres noires volcaniques et des pierres blanches en calcaire, témoins des matériaux que l’on pouvait trouver sur place. Un passage sous les maisons nous conduit à une rue pleine de charme, bordée de maisons anciennes. Des panneaux explicatifs nous renseignent sur les spécificités de celles-ci. Nous sommes sous le charme.

Une jolie placette au cœur du vieux village de Saint Vincent de Barrès
Ruelle médiévale
Courant le long des remparts, une ancienne rue commerçante du village

Nous arrivons à la porte des chevaliers, située au pied de l’ancien château. En la passant, nous tombons sur une fontaine qui alimente aussi un lavoir. Si les lavandières ont disparu, la vannière continue à utiliser les grands bacs du lavoir pour faire tremper ses joncs avant de pouvoir les travailler. Nous terminons notre tour du village par l’esplanade du château, ravies de la découverte de ce joli village.

La fontaine du village, au pied de l’ancien château et de la porte des chevaliers

(*) L’office de tourisme Porte Sud Ardèche édite un joli livret-jeu de visite pour découvrir le village de Saint Vincent de Barrès. Il est possible de se le procurer dans leurs bureaux à Cruas, au Teil ou à Alba-la-Romaine ou bien de le télécharger sur leur site internet.

Surprenant site médiéval de Cruas

Après Saint Vincent de Barrès, nous avons rejoint la vallée du Rhône dans l’idée de nous rendre à Rochemaure. Mais auparavant, nous avons fait une halte à Cruas. Si de nos jours, Cruas évoque plus une centrale nucléaire visible de loin, c’est avant tout une petite cité qui était très puissante. Une abbaye y était en effet établie depuis le VIIIe siècle. L’abbatiale Sainte Marie est toujours visible, au centre du village, le long de la route. Malheureusement, l’abbatiale était fermée lorsque nous sommes passées (nous y retournerons !).

Le château des moines domine Cruas

Toutefois, nous en profitons pour aller découvrir le château des moines. Etabli sur le haut de la colline au dessus du village, le château servait de refuge aux moines de l’abbaye en cas de troubles ou d’inondations. A ses pieds, un village s’était établi, protégé par des remparts. Propriété de la commune, le site fait l’objet de restaurations importantes depuis une douzaine d’années, et qui sont encore loin d’être achevées. Toutefois, le site est maintenant accessible pour se promener dans le dédale de ruelles escarpées, entre les maisons médiévales.

Dans le village médiéval de Cruas
Vue sur la vallée du Rhône depuis le village médiéval de Cruas
Ruelles escarpées et escaliers médiévaux permettent de découvrir le site
A l’entrée du village fortifié

Je n’attendais pas grand chose de Cruas, en dehors de son abbatiale, et j’ai été complètement séduite par ce site médiéval, bien restauré et proposant une jolie escapade dans le temps.

Un bond dans le temps au château de Rochemaure

Du village bas au château, une randonnée dans le temps

Après Saint Vincent de Barrès et Cruas, nous avons pris la direction avec Melle 3e d’un troisième village médiéval. Rochemaure a la particularité d’être bati à la fois sur et au pied de la colline, surplombé par son château construit par la puissante famille des Adhémar (qui possédaient aussi la seigneurie de Montélimar, sur l’autre rive du Rhône) autour du XIIe siècle. Initialement, il y avait le château, d’abord simple tour de guet puis prenant de plus en plus en d’importance au fil du Moyen-Âge. Construit sur un dyke volcanique, le donjon de basalte est plus tard agrandi par un logis seigneurial en même matériau. Autour du château, un village se développe. Mais l’axe commercial de la vallée du Rhône et la présence de sources conduit à l’installation d’un village bas, lui aussi fortifié, au pied de la colline du château.

Le logis seigneurial, construit sur une coulée de basalte
Le village médiéval haut : tombé en ruines, il a été restaurés par une poignée de passionnés et est maintenant un lieu d’habitation prisé.
Dans les rues du village médiéval bas

Nous étant stationnées dans le bas du village, nous avons décidé de monter au château à pied. Si la balade est courte (environ 500 mètres), elle est aussi un peu physique puisque le château se trouve à un peu plus de 200 mètres d’altitude, tandis que le village, dans la vallée du Rhône est à environ 65 mètres d’altitude (soit un dénivelé d’un peu plus de 140 mètres, le pourcentage de pente est donc de l’ordre de 30%). Elle offre cependant l’avantage de traverser tout l’ancien village médiéval bas, dont les maisons en ruines ont progressivement été gagnées par la végétation, donnant aux lieux des airs de village fantastique. Nous passons aussi à proximité de la chapelle Notre Dame des Anges datant du XIIIe siècle, entourée de son cimetière ancien.

La montée vers le château de Rochemaure commence par des escaliers
Ambiance fantastique dans l’ancien village médiéval
Nous arrivons en vue du donjon de Rochemaure

Au pied du donjon, la rencontre avec les chevaliers

Nous sommes arrivées au pied du donjon pile à l’heure où nous devions y être. En effet, nous avions rendez-vous avec des chevaliers pour une présentation de l’histoire du château et de l’évolution des armures et techniques de combat individuel. L’académie AMHE présentait en effet dans la cour du château des armements et démonstrations (non chorégraphiées) de combat médiéval en tenue pour les époques du Moyen-Âge (XIIIe et XIVe siècles), ainsi que de la Renaissance (XVIe siècle). C’était une très belle occasion de découvrir de près les méthodes de combat individuel des chevaliers, ainsi que leurs équipements.

Combat (tournoi, duel) entre chevaliers du XIIIe siècle : armures de mailles et épées à une main
Combat (tournoi) entre chevaliers du XIVe siècle : armures de plaques et hache de combat à 2 mains
Duels à la Renaissance : l’épée s’est affinée et l’armure a disparu

Les démonstrations, ponctuées d’intermèdes sur l’histoire du château et du village de Rochemaure, auront duré plus d’une heure et demie. Nous avons appris plein de choses sur les chevaliers, leurs équipements et leurs méthodes de combat, de façon très ludique. Nous prenons un petit goûter dans l’avant-cour du château avant de redescendre au village bas. Cette fois, nous longerons la route jusqu’en haut des escaliers du village abandonné : nous ne sommes pas (du tout) chaussées pour la marche et entre le pourcentage de la pente et les cailloux du chemin, ce serait un peu trop risqué !

(*) Pour visiter le village de Rochemaure, il existe comme pour Saint Vincent de Barrès un petit livret-jeu édité par l’office de tourisme Porte Sud Ardèche. Le château de Rochemaure n’est pas tout le temps ouvert. Il est possible de consulter les horaires et conditions de visite sur le site internet de l’office de tourisme. Les démonstrations de l’académie AMHE au château y sont également annoncées.
Il existe une route menant au château et au village haut, avec un parking pour les visiteurs. Si, comme nous, vous décidez de monter à pied, notez que la première partie de la balade se fait via des escaliers mais qu’ensuite le chemin monte quasiment tout droit le long du piton volcanique sur un sentier caillouteux. De bonnes chaussures peuvent donc être une bonne idée (mais ça passe en sandales de ville si on est un peu joueur comme moi). Nous avons mis une douzaine de minutes depuis le panneau (balisage sentier de randonnée de pays vert et jaune) dans le village de Rochemaure indiquant le château à 500 mètres.


Thym sauvage sur le site du château de Rochemaure

Saint Péray – Saint Vincent de Barrès – Cruas – Rochemaure
Ardèche – avril 2023