J’avais noté la sortie de L’École des Mamans Heureuses, le dernier roman de Sophie HORVATH juste avant le confinement. J’avais aussi prévu de me procurer Le Quartier des Petits Secrets, son premier roman. Mais ma librairie a dû fermer avant que je n’ai eu le temps de passer à l’action !
Après un mois et demi de fermeture, la librairie a rouvert en mode click & collect et j’ai pu réapprovisionner ma pile à lire… Le Quartier des Petits Secrets n’était pas en stock mais L’École des Mamans Heureuses si. Le choix a donc été vite fait entre les deux romans !
Garance, débordée par la vie, engluée dans son rôle de maman, craque quand le pédiatre de son fils lui demande comment elle va… et il l’envoie à l’école des mamans heureuses, sorte de cercle de parole amélioré pour parents qui ont un peu perdu de vue qui ils sont.
Nous faisons donc la connaissance de toute une galerie de parents, forcément un peu caricaturaux mais dans lesquels on ne peut pas manquer de se projeter au moins partiellement si l’on est soi-même parent. Chacun présente ses failles. Aucun n’est parfait au-delà des apparences. Tous sont hautement attachants avec leurs qualités et leurs défauts.
Il en ressort un roman assez court qui se lit très facilement et qui distille une grande dose de bonne humeur (même un jour de pluie !). C’est frais et sans chichi. C’est selon moi un vrai roman feel-good : un de ceux qui donnent le sourire sans prise de tête, sans scénario abracadabrants, sans leçons de vie martelées à tue-tête mais avec un vrai message positif !
Et n’oubliez pas, si en tant que parent, vous vous sentez débordé, dépassé par les évènements, que vous avez l’impression que vous ne faites jamais assez bien, vous n’êtes pas seuls… Et c’est important de trouver un lieu (réel ou virtuel) bienveillant pour échanger, s’épancher, et savoir retrouver qui vous êtes vraiment !
Ce roman est le tout premier d’Arnaldur Indridason à avoir été publié en Islande en 1997. Il a par contre fallu attendre plus de vingt ans avant qu’il ne soit traduit en français, en 2018 donc.
Le point de départ est assez simple : un quadragénaire schizophrène se suicide dans l’hôpital psychiatrique où il est interné tandis qu’au même moment, un de ses anciens professeurs meurt dans l’incendie criminel de sa maison. Commence alors une enquête menée par le commissaire Erlendur assisté de Sigirdur Oli (qui deviendront des personnages récurrents des romans d’Indridason).
La psychologie des personnages, en particulier Erlendur, est moins fouillée que dans les romans suivants mais l’auteur pose tout de même bien les bases, et donne déjà quelques clés de compréhension de leurs personnalités. De même l’intrigue est de facture classique mais bien menée, prenant des racines dans le passé comme sait si bien le faire Indridason.
Comme toujours dans les enquêtes d’Erlendur, c’est noir, c’est sombre, c’est un peu tordu, mais c’est carrément efficace. Je l’ai lu d’une seule traite : je voulais connaître le dénouement, valider ce que je devinais…. typiquement le genre de roman que je n’ai pas intérêt à commencer un soir si je n’ai pas l’intention de rester éveillée une bonne partie de la nuit ! (En l’occurrence, je l’ai ouvert en début d’après-midi, c’était plus raisonnable)
A lire donc si vous aimez les romans policiers bien ficelés, pour entrer dans l’univers d’Indridason ou pour passer un bon moment sans avoir à sortir de chez soi….
Le musée archéologique Saint Laurent est situé dans le quartier éponyme de Grenoble. Je n’avais initialement pas prévu d’y aller mais j’avais encore du temps avec de repartir en sortant de l’exposition des photographies de Vivian Maier. Je n’avais jamais prêté attention à l’existence de ce musée jusqu’à ce que j’en entende parler quelques jours avant mon passage à Grenoble. L’occasion de m’y rendre était donc toute trouvée.
Le musée est situé dans l’ancienne église Saint Laurent. L’église telle que nous la voyons aujourd’hui a été construite au XIIe siècle par des moines bénédictins qui y avaient installé leur abbaye, au bord des anciennes fortifications de la ville. Elle se situe toutefois sur un site beaucoup plus anciens : une église carolingienne, elle-même construite sur une église funéraire paléo-chrétienne et sa crypte.
Au XIXe siècle, la construction par le général Haxo des fortifications de la Bastille modifient l’aspect du site. Initialement, l’église n’était pas adossée à la colline mais le devient suite aux remblais nécessaires aux installations militaires.
C’est Jacques-Joseph Champollion (le grand frère de l’égyptologue) qui le premier fera part de l’intérêt historique de l’église Saint Laurent et surtout de la chapelle mérovingienne Saint Oyand sur laquelle elle est construite. Nous sommes alors au tout début du XIXe siècle. Les premières tombes ont commencé à être détruites lors des travaux de la Bastille quelques années plus tard. Alerté par une société savante locale, l’Académie Delphinale, Proper Mérimée se rend plusieurs fois à Grenoble et fait classer les lieux au titre des Monuments Historiques en 1850. Un premier musée lapidaire ouvre sur le site quelques années après.
Dans les années 1960, lors de sondages visant à s’assurer de la stabilité du bâti, des maçonneries anciennes sont découvertes. Une campagne de fouilles est engagée dans le courant des années 1970 et l’importance des vestiges trouvés conduit à la désacralisation de l’église et sa transformation en musée archéologique.
Aujourd’hui, lors de la visite du musée, nous découvrons ainsi les vestiges des différentes églises empilées sur le site. Une mise en lumière colorée permet de bien discerner les éléments de chaque époque. L’ancien cloître, avec les vestiges de ses différents murs montrant son agrandissement au fil du temps, permet également de s’intéresser à l’évolution de la relation des hommes avec la mort.
En effet, le site de Saint Laurent, à l’abri des crues de l’Isère, est le tout premier site d’inhumation chrétien de Grenoble. Plus de 1500 sépultures datant du IVe au XVIIIe siècle sont ainsi présentes sur le site : sarcophages alignés sous la nef, sépultures en pleine terre dans des coffres de bois, sous des empilements de tuiles ou des tombes en maçonneries… La diversité des modes d’enterrement ainsi que les objets déposés avec les défunts permettent d’obtenir un panorama très large des rites funéraires chrétiens au fil des siècles.
C’est un musée surprenant que ce musée archéologique, qui va bien au delà des dépôts lapidaires et collections d’objets que l’on voit habituellement. La présence des tombes, l’omniprésence des squelettes, le passage par la chapelle mérovingienne Saint Oyand maintenant souterraine donnent à la visite une connotation étrange… comme un voyage spirituel à la rencontre des rites du passé.
Sarcophages sous la nef de l’égliseChapelle mérovingienne Saint OyandVue sur le choeur et les vestiges souterrains de la nefRemonter vers la surface…
Musée archéologique Saint Laurent – Grenoble – février 2020
J’ai acheté ce livre en même temps que Chicago. Il faisait aussi partie de ceux mis en avant par la libraire. Je ne connaissais pas l’auteur mais la quatrième de couverture et la façon dont la libraire parlait de « Metin » m’ont donné envie.
En 1575, Venise est secouée par une série de crimes durant la période du carnaval sans qu’on sache ni les motifs ni les auteurs. De nos jours, des universitaires spécialisés en latin médiéval et en histoire du XVIe siècle se retrouvent au coeur d’une série d’agressions. Rapidement, des liens semblent se dessiner à travers les siècles.
J’ai lu le roman d’une seule traite un samedi après-midi. L’écriture est fluide. L’histoire est prenante. Les arcs narratifs se croisent et se complètent à la façon d’un puzzle.
L’auteur a su créer des personnages attachants, avec leurs doutes, leurs faiblesses et leurs fêlures d’une part, et des personnages carrément détestables mais pourtant habilement dépeints sans véritable jugement de ce qu’ils sont.
Les liens passé/présent sont habilement distillés. Et mes craintes que le roman soit un peu trop érudit ou un peu trop historique se sont très vites dissipées. L’intrigue est ancrée dans le présent et le passé sert de support pour apporter des éléments de compréhension. Nous sommes à la limite entre roman policier et thriller politique.
Je suis donc ravie de m’être laissée tenter par cette proposition d’une librairie où je n’ai pas mes habitudes. Et je crois que je vais lire un autre roman de Metin Arditi afin de voir si ce que j’ai découvert de la qualité de sa plume se confirme.
Même les méchants rêvent d’amour – Anne-Gaëlle HUON
Ce livre était celui de ma box surprise de Noël (mon libraire prépare des box surprises à Noël où un livre est accompagné de petites choses : du thé, du chocolat, de la jolie papeterie…. il propose aussi des pochettes surprises avec juste un livre). J’aime l’idée de laisser le hasard choisir un livre pour moi…. Le seul indice que j’avais en l’achetant était « transmission familiale ».
Je l’avais mis de côté depuis, attendant le bon moment pour le lire. Ce moment est arrivé en début de mois, alors que mon fils se faisait opérer des dents de sagesse et que j’allais donc avoir quelques heures à attendre entre les murs ternes d’une chambre de clinique.
Je crois que ce roman m’attendait vraiment pour cette situation : je l’ai lu d’une traite, sans m’ennuyer, sans voir le temps passer… et quand mon fils est revenu, il me restait moins de 10 pages à lire ! L’histoire de Julia, Jeannine, Félix, Antoine et les autres m’a transportée dans la douceur de la Provence en arrière-saison, mais surtout j’ai été touchée par le récit.
Jeannine perd peu à peu la mémoire alors elle écrit ses souvenirs avant qu’il ne soit trop tard. Julia, sa petite fille, trouve le carnet alors qu’elle vient voir sa grand-mère, installée en maison de retraite après une mauvaise chute qui a accéléré le processus de perte de mémoire. Petit à petit, Julia assemble les pièces du puzzle de la vie de sa grand-mère et au fil des rencontres recompose aussi sa propre vie.
On est clairement dans un roman feel-good. Mais un joli roman, bien écrit, qui se laisse lire comme on dégusterait une pâtisserie au goût de bonheur.
C’est le hasard qui m’a mis sur le chemin de ce livre. En me promenant dans Paris sans véritable but, je suis entrée dans une librairie. Ce n’était pas la première librairie que je croisais mais celle-ci a eu un quelque chose qui m’a attirée, peut-être les ouvrages présentés en vitrine, peut-être la lumière toute douce à l’intérieur…
Sur une table, la sélection de la libraire (une jeune femme féministe, si j’en crois ses mises en avant… ) avec des petits mots posés sur les ouvrages. Parmi ceux-ci quelques-uns que j’ai déjà lus, et puis plusieurs dont je n’ai jamais entendu parler. Je regarde ces derniers plus attentivement et Chicago semble m’appeler…
Je ne sais même pas dire pourquoi j’ai choisi ce petit opus parmi les autres livres : peut-être les petits coeurs rehaussés de surligneur qui accompagnaient le bref mot de la libraire, peut-être la simplicité de la couverture, peut-être la douceur du papier….Je l’ai lu très vite dans le train qui me ramenait chez moi, ce très court petit roman… et après l’avoir refermé, je me suis demandé si ce n’était pas plutôt un long poème que j’avais lu…Ramona, une jeune franco-anglaise, arrive à l’université de Chicago comme lectrice de français. Elle prends le pouls de la fac, le pouls de la ville, le pouls de la vie…. Et elle croise par hasard Jonathan à un concert, puis à un autre. Ils échangent quelques mots. Il lui présente Suzanne qui l’accompagne. Entre ces trois-là nait une amitié qui ne s’embarrasse pas du passé, qui ne s’inquiète pas de l’avenir et se nourrit de la simplicité du présent partagé….Les mots de Marion Richez sont aussi doux que le papier sur lequel ils sont imprimés. Ils sont justes. Ils sont mélodieux. Ils portent l’amitié de Ramona, Jonathan et Suzanne…. Il ne se passe rien et pourtant il se passe tout dans cette centaine de pages.
Moi aussi, j’ai envie de mettre à ce roman un petit bandeau avec plein de coeurs rehaussés de surligneur.
Vivian Maier est une photographe autodidacte dont l’oeuvre figure parmi les plus importantes du XXe siècle. Et pourtant, le travail de Vivian Maier n’a été découvert qu’à la toute fin de sa vie par un complet hasard et exposé pour la première fois de façon posthume !
D’origine franco-hongroise, émigrée avec sa mère aux Etats-Unis, la jeune Vivian devient gouvernante d’enfants. Elle travaillera principalement à Chicago et New-York mais fera également quelques voyages avec les enfants dont elle s’occupe ou à titre personnel, comme celui dans le Champsaur pour régler la succession d’une tante. Discrète, elle prendra sans cesse des photos sans les montrer. Une partie de ses négatifs ne sera même pas développée.
Elle conserve tirages et négatifs soigneusement inventoriés dans des cartons stockés dans un box à Chicago. A la fin de sa vie, faute de pouvoir payer le loyer alors qu’elle est hospitalisée, les biens contenus dans le box sont mis aux enchères. Parmi les acquéreurs, John Maloof, féru d’histoire locale, achète un lot de photos dans un carton avec l’idée de s’en servir pour illustrer des ouvrages qu’il écrit. Deux autres chineurs ont également acheté des photos de Vivian Maier lors de la vente aux enchères.
Progressivement, John Maloof prend conscience de la qualité photographique des clichés qu’il a entre les mains. Il rachète les autres lots et se retrouve avec plus de 100 000 négatifs…. Il ne connait toujours pas l’auteur de ces photos.
En cherchant parmi les négatifs, il trouve un pochette de laboratoire photographique avec le nom de Vivian Maier manuscrit : il vient de découvrir le nom de cette femme dont il a vu les autoportraits par centaine parmi les photos qu’elle a faites. John Maloof ne la rencontrera jamais : elle est décédée peu avant qu’il ne découvre son identité. Ce sera toutefois lui qui fera connaître au monde entier l’oeuvre de photographie de rue de Vivian Maier.
L’exposition présentée au Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble met en scène plus de 130 photographies de Vivian Maier. Dans un accrochage épuré, où les photos se suffisent à elles-mêmes, on découvre essentiellement des images en noir et blanc.
J’ai été frappée par la façon qu’a Vivian Maier de saisir l’instant, un regard furtif, une émotion sur un visage. Ses cadrages se révèlent aussi malicieux, s’attachant parfois à des détails. Elle a photographié ses contemporains dans leurs activités quotidiennes, sans concession, et nous livre un formidable regard sur son époque.
Et il y a aussi ses autoportraits… Vivian Maier profite de tous les reflets pour se prendre en photo. Elle expérimente d’autres types d’autoportraits, jouant avec son ombre ou composant un portrait chinois. On a l’impression d’une véritable quête d’elle-même à travers ses clichés. Et ce qui m’a frappé, c’est qu’autant elle capture les émotions des autres sur le vif, autant elle masque toute émotion sur ses autoportraits (sauf sur celui dans le miroir d’un vitrier déchargeant son camion où un léger sourire semble nous dire à quel point elle est ravie de profiter de ce reflet furtif !)….
Je n’avais qu’une vision superficielle de l’oeuvre de Vivian Maier et j’ai découvert la sensibilité avec laquelle elle prend ses photos… Qu’au delà de la street photography, elle était une portraitiste de l’éphémère !
Exposition « Vivian Maier, Street photographer » Musée de l’Ancien Évêché – Grenoble – Isère – février 2020
(*) L’exposition, initialement prévue jusqu’au 15 mars 2020, est prolongée jusqu’au 22 mars 2020 au Musée de l’Ancien Évêché à Grenoble. L’entrée est gratuite.
Ce livre, c’est mon libraire qui me l’a mis dans les mains, littéralement, sans que je demande quoi que ce soit…. Je devais le lire, point !
J’ai quand même mis un moment à l’ouvrir ce roman, sans trop savoir pourquoi (une période un peu creuse niveau temps à lire sans doute).
Mais une fois ouvert, je l’ai lu d’une traite…
Nous avons donc Anne dont le premier mari, marin-pêcheur, est décédé en mer et qui s’est remariée avec le pharmacien du village. Anne a eu un premier fils, Louis, de son premier mariage, puis deux autres enfants. Anne est une parfaite épouse et mère de province des années 50.
Mais tout ne se passe pas bien entre Louis et son beau-père, et un soir, Louis, 16 ans, ne rentre pas.Commence alors pour Anne une longue attente : celle du retour de son fils, dont elle apprend bien vite qu’il a embarqué sur un navire comme marin.
Et c’est cette attente, cette espérance qui rythment le livre, qui en constituent le coeur…. entre récits du passé réel et visions de l’avenir potentiel.
J’ai été prise par le récit des sentiments de la mère abandonnée par le fils mais qui envers et contre tout, aux limites de la folie, n’arrêtera jamais d’attendre.
La fin est toutefois un peu convenue : je crois que dès le départ, j’ai plus ou moins su que cela se terminerait ainsi…
*****************
La révolte – Clara DUPONT-MONOD
J’ai été attirée par la quatrième de couverture. En effet, celle-ci annonçait un portait d’Aliénor d’Aquitaine par son fils, Richard Coeur de Lion.
J’avoue que j’ai été déçue sur ce point. En effet, sous prétexte de nous raconter Aliénor, c’est plus une biographie de Richard qui nous est proposée. Le parti pris de l’écriture de l’histoire d’Aliénor par son fils est une bonne idée et toute la première partie du livre y est conforme.
Mais peu à peu, tandis que Richard s’éloigne géographiquement de sa mère, que ce soit pour affronter son père ou mener une croisade, le récit se concentre plus sur son personnage que sur Aliénor.
Pourtant que le personnage d’Aliénor est propice à l’écriture d’une belle épopée : mariée au roi de France puis à celui d’Angleterre (elle a fait annuler son premier mariage..), puissante duchesse d’Aquitaine, stratège politique qui n’hésitera pas à utiliser ses fils contre leur père, femme cultivée qui fera apprendre à lire et écrire à ses filles (ce qui n’était pas vraiment dans l’air du temps), ….
A côté de cela, les atermoiements de Richard face à ses fiancées, ses états d’âme au siège d’Antioche (et son enlèvement sur le chemin du retour..), son idée fixe de construire une forteresse imprenable (ce sera Chateau-Gaillard en Normandie) semblent bien fades.
Clara Dupont-Monod aurait pu nous livre une fresque épique autour d’un personnage féminin mais elle s’est hélas laissée rattraper par son personnage masculin.
L’exposition temporaire de cet hiver au Musée de Valence est consacrée au sculpteur Philolaos. Ce dernier est en effet connu ici pour être le concepteur des deux châteaux d’eaux qui dressent leurs silhouettes courbes et élancées dans le ciel valentinois et dont on célèbrera bientôt les 50 ans.
Philolaos est un sculpteur grec, formé à l’école classique des Beaux-Arts d’Athènes juste après la deuxième guerre mondiale et qui s’est installé à Paris au début des années 1950. Il poursuit alors son apprentissage de la sculpture et s’affranchit progressivement des lignes classiques pour aller vers une abstraction de plus en plus nette.
Au début des années 1960, il rencontre l’architecte André Gomis avec qui il collaborera à de nombreuses reprises, en particulier donc sur les châteaux d’eaux de Valence réalisés dans le cadre de l’aménagement de la ZUP de Fontbarlettes. Il travaille à partir de là avec de nombreux architectes et paysagistes, intégrant ses sculptures monumentales dans les espaces nouvellement créés : villes nouvelles, quartiers à urbanisation massive, ou encore quartiers d’affaires. Il crée ainsi trois oeuvres pour le quartier de la Défense dont la fontaine des Nymphéas et l’Oiseau Mécanique.
L’exposition présentée à Valence s’attache à nous présenter un côté moins monumental et plus intime de l’artiste. Quelques croquis issus de ses années de formation athéniennes donnent à voir la rigueur de l’apprentissage classique. Quelques bustes, plus ou moins abstraits, permettent d’appréhender le travail sur la matière (céramique, plomb, bronze..), et la façon pour Philolaos de l’utiliser, d’en tirer parti.
L’exposition présente aussi de nombreux « bois-reliefs », tableaux en trois dimensions de bois tournés et de bois flottés, réalisés lorsque Philolaos retourne en vacances en Grèce et utile ce dont il dispose sur place pour exprimer sa créativité : le bois déposé par la mer sur plage, les outils de menuiserie et de tournage sur bois de son père…. Ses petits tableaux, tellement éloignés de l’image que l’on peut se faire des oeuvres de Philolaos, ont été un véritable coup de coeur. Qu’ils soient figuratifs ou abstraits, ils dégagent une jolie poésie, une invitation au voyage, à la contemplation, à la méditation.
Puis, il est question de la découverte de l’acier inoxydable : un matériau rigide qui vrille pourtant naturellement, un matériau à dompter, un formidable terrain d’expression pour l’artiste. Il en fera son matériau de prédilection, multipliant les usages, tant en oeuvres monumentales qu’en mobilier et objets pour sa maison.
En effet, Philolaos concevra sa maison, la construira et fabriquera lui-même une grande partie du mobilier et des aménagements de celle-ci. On peut ainsi qualifier la maison de l’artiste d’oeuvre totale où tout devient prétexte à création : les meubles, la vaisselle, les objets…. On découvre ainsi les meubles de la salle à manger, des couverts, des fauteuils, le coffre pour cacher la télévision, des bouteilles, … Leurs lignes sont à la fois d’une sobriété très moderne et d’une esthétique futuriste très marquée dans les années 70.
Enfin, on découvre de nombreuses maquettes pour des réalisations monumentales : les châteaux d’eau de Valence (forcément !), des fontaines, des sculptures pour des parcs, des statues magistrales…. Parfois, plusieurs versions sont présentées, témoins du cheminement de la pensée créative de Philolaos.
Je suis ressortie de l’exposition sous le charme des bois-reliefs et des créations en arts décoratifs, en particulier la vaisselle et les bouteilles en inox. J’ai pu découvrir la facette plus intime de cet artiste dont je connaissais déjà quelques oeuvres monumentales et c’est cette facette qui m’a le plus touchée.
Oeuvres de Philolaos en béton avec ruban d’acier (au 1er plan) et en acier (au 2nd plan) dans la cour du musée
Les Jumelles, sculpures en plomb
Buste en bronze
Vers l’abstration…
Les « bois-reliefs »
Les « bois-reliefs » – détail
Les « bois-reliefs » – détail
La découverte de l’inox
Etude pour un portail pour le Technocentre Renault de Guyancourt (78) / maquettes de statues : Christophe Colomb, Georges Pompidou, Pierre de Coubertin, Antoine de Saint-Exupéry
La salle à manger, mobilier et vaisselle de la maison de Philolaos
Etude pour un animal imaginaire en béton et ruban d’acier
(*) L’exposition se tient au Musée de Valence jusqu’au 8 mars 2020. Il s’agit de la première exposition retraçant l’ensemble de la carrière de Philolaos présentée dans un musée français.
La guerre après la guerre – la France au Proche Orient, 1918 – 1923 est la troisième grande exposition du Centre du Patrimoine Arménien depuis sa réouverture en septembre 2018.
Elle nous emmène sur les vestiges de l’empire Ottoman, entré dans la Première Guerre Mondiale aux côtés des empires centraux (dont l’empire Allemand et l’empire Austro-Hongrois), en première ligne du front du Levant et qui a signé un armistice fin octobre 1918 avec les pays de l’Entente.
Partagé entre les grandes nations coloniales, essentiellement la France et l’empire Britannique, l’empire Ottoman apparaît alors comme un gros gâteau dont il faut exploiter les ressources. Le traité de Sèvres, élaboré en 1920, confirmera le démantèlement de l’empire Ottoman : détachement des régions à majorité arabe de l’empire et mise sous tutelle de la Société des Nations de la quasi totalité des autres régions selon les accords Sykes-Picot.
Territoire composite, l’ancien empire Ottoman voit rapidement la montée de nationalismes turcs tandis que les minorités cherchent un foyer où leurs droits seront garantis pour s’installer.
Ainsi, au cours des cinq années qui suivront l’armistice de 1918, l’armée française sera encore engagée dans plusieurs guerres au Proche Orient. Au côté des soldats français et coloniaux, on trouvera aussi de nombreux arméniens, engagés dès 1916 dans la légion d’Orient.
Ces guerres seront à l’origine de plusieurs déplacements de population, ainsi que de l’errance de nombreux orphelins ou de l’enlèvement de jeunes femmes.
L’exposition revient donc sur les aspects géopolitiques d’alors qui ne peuvent qu’être éclairants des conflits actuels dans cette région du monde, mais aussi sur les aspects humanitaires : création et gestion d’orphelinats pour recueillir les enfants et leur apprendre un métier, camps de réfugiés… Finalement, 100 ans après, tout ceci semble encore terriblement d’actualité !
Exposition « La guerre après la guerre » – Valence – Drôme – janvier 2019
(*) L’exposition se tient au Centre du Patrimoine Arménien jusqu’au 15 mars 2020. Les informations pratiques sont disponibles sur le site internet du CPA.
*****************
Après la visite de l’exposition temporaire, nous avons fait un tour dans l’exposition permanente qui traite du génocide et de l’exode arméniens.
Et comme à chacun de mes passages, j’ai été happée par l’oeuvre de Michka Anceau et ses 220 petits personnages qui accueillent les visiteurs : exode, marche vers un avenir meilleur, migrations…. Elle est porteuse de multiples sens et ne me laisse pas insensible.
Centre du Patrimoine Arménien – Valence – Drôme – janvier 2019