[Bretagne x Normandie] 4 idées pour un été culturel

Je reviens régulièrement dans ma région d’origine, à cheval entre Bretagne et Normandie, pour des vacances en famille. Si nous faisons beaucoup de sorties nature pour profiter des beaux jours, nous ne limitons pas les sorties culturelles aux jours de pluie. Donc, cet été, même si nous n’avons pas vu une seule goutte tomber du ciel, nous avons aussi fait quelques visites de châteaux et musées. Nous avons également fait notre désormais traditionnelle sortie en soirée au Mont Saint Michel pour y profiter de la visite nocturne. Petit tour d’horizon de nos redécouvertes estivales.

Le Mont Saint Michel
Une visite au Mont Saint Michel

Colorama, pour passer une soirée magique au Mont Saint Michel

L’un de nos plaisirs estivaux consiste à découvrir le Mont Saint Michel autrement, lors d’une visite nocturne. Le parcours et les installations changent presque chaque année, et c’est donc une toute nouvelle scénographie à laquelle nous avons eu droit. Après l’onirique Rêves de Lune l’an dernier, place à la couleur avec Colorama cette année. Au fil d’une déambulation dans les différents espaces de l’abbaye, nous découvrons des installations lumineuses et colorées. Certaines sont interactives et invitent le public à se mouvoir pour déclencher des jeux de lumière. D’autres sont contemplatives et offrent des pauses bienvenues. Enfin, le clou du spectacle se joue dans l’abbatiale qui se pare de mille feux dans une mise en scène extravagante et complètement immersive.

Colorama au Mont Saint Michel
Dès l’entrée, le ton est donné !
coucher de soleil dans la baie du Mont Saint Michel
Pendant que nous attendions la tombée de la nuit dans le cloître, le ciel nous a aussi offert un magnifique spectacle dans la Baie

(*) Colorama s’est terminé le 31 août 2026. Il faudra maintenant attendre l’été prochain pour découvrir si cette version est prolongée ou si de nouvelles installations sont proposées.

Le musée des Beaux-Arts de Rennes, pour revoir des tableaux exceptionnels

J’avais découvert le musée des Beaux Arts de Rennes lorsque j’étais étudiante, à l’occasion d’une visite guidée organisée par notre prof de français (notre thème de l’année était « L’œuvre d’art » avec comme livres à étudier : Lettres à un jeune poète de Rilke, Gambara de Balzac et A l’ombre des jeunes filles en fleurs de Proust). A cette époque, le musée partageait les locaux avec le musée de Bretagne. Ce dernier ayant déménagé aux Champs Libres en 2006, le musée des Beaux Arts a pu investir plus d’espaces dans le bâtiment historique du quai Emile Zola. Nous y étions allés en famille il y a une dizaine d’années. Cette année, Melle 3e souhaitait y retourner. Je gardais de ma dernière visite une impression de fatigue visuelle que j’avais alors attribuée aux murs assez sombres (gris et rouge). Je pense maintenant que c’est plutôt lié à l’éclairage qu’à la couleur des murs.

Le musée possède une belle collection d’art contemporain. Nous avons cependant centré notre visite sur les salles dites d’art ancien, qui couvrent la période de la fin du Moyen-Âge au XIXe siècle. C’était en particulier pour moi l’occasion de revoir deux tableaux que j’apprécie particulièrement : La Chasse au Tigre de Rubens et le Nouveau-Né de Georges de la Tour. Je suis sous le charme à chaque fois que je les vois (même quand les conditions de visite ne sont pas bonnes comme c’était le cas lors de l’exposition George de la Tour au Musée Jacquemart André à Paris). L’ensemble de la collection ne se résume cependant pas à ces deux œuvres majeures et l’on peut « croiser » beaucoup d’artistes connus au fil des salles : Maurice Denis, Sisley, Caillebotte…

Tableau Le Nouveau Né de Georges de la Tour
Le Nouveau-Né de Georges de la Tour
œuvre d'orfèvrerie au musée des beaux arts de Rennes
Orfèvrerie et tableaux dans les salles du musée des Beaux Arts de Rennes

(*) Les conditions de visite du musée des Beaux Arts de Rennes sont à retrouver sur leur site internet. L’accès aux collections permanentes est gratuit pour tous. Le bâtiment du quai Emile Zola n’est pas climatisé et le jour de notre passage, il y faisait extrêmement chaud.

palais Saint Georges à Rennes
En sortant du musée, nous avons traversé la Vilaine pour aller faire quelques achats dans une librairie. Nous en avons profité pour passer par le jardin du palais Saint Georges.

Le château des Rochers, pour retrouver Madame de Sévigné

Cette année marque les 400 ans de la naissance de la Marquise de Sévigné (je vous en avais parlé à l’occasion d’une journée passée à Grignan). Il se trouve que la famille des Sévigné est une famille bretonne, et que c’est uniquement suite au mariage de la fille de Madame de Sévigné avec François Adhémar Monteil de Grignan que le destin de la Marquise se retrouve lié à la Provence. Le château familial des Sévigné est situé à côté de Vitré. Suite son veuvage, mère de deux jeunes enfants, Madame de Sévigné s’occupera de la gestion du domaine des Rochers. Elle participera au dessin des jardins et du parc, nommant les allées de façon parfois poétique, parfois très cynique. Elle fera ériger une nouvelle chapelle. Et surtout elle y passera beaucoup de temps, plus même qu’à Grignan où elle finira ses jours chez sa fille. Aujourd’hui, le château des Rochers est toujours une propriété privée, habitée. Cependant, quelques espaces dédiés à la Marquise de Sévigné se visitent. Si la visite est intéressante, elle reste assez superficielle et ne permet pas vraiment de plonger dans le quotidien de Madame de Sévigné. De plus, j’ai été assez surprise que cet anniversaire des 400 ans ne soient pas plus utilisés par Vitré pour la mise en valeur de son histoire.

La chaleur nous a un peu dissuadées de prolonger notre visite à Vitré par le château des Barons, au cœur de la ville. Nous avons cependant un peu flâné dans les rues bordées de maisons à pans de bois.

(*) Le château des Rochers se découvre uniquement en visites guidées, organisées par l’office de tourisme.

La vieille ville de Fougères, pour faire le tour du château

Nous avions une course à faire à Fougères et nous en avons profité pour refaire la balade que je faisais régulièrement avec mes copains le midi quand j’étais au lycée. Pour des raisons pratiques, nous ne sommes pas parties depuis le lycée mais depuis le parking du château. Nous avons donc commencé par longer le château avant de nous faufiler dans les ruelles de la basse ville. De là, nous avons gagné le jardin public où nous avons profité de l’une des plus belles vues sur le château, et de l’une des montées les plus raides vers la haute ville. La chaleur était bien présente mais avec l’ombre des arbres, cela rendait les choses un peu moins pénibles (une variante consiste à passer par la rue qui borde le jardin public : la pente y est – un peu – moins raide, mais l’ombre absente).

Une fois dans le haut du jardin public, nous ne sommes cependant pas redescendues vers le lycée mais avons opté pour un tour dans la haute ville (et un rafraichissement bien mérité dans un bar). Nous avons terminé la boucle en descendant vers le château par la rue de la Pinterie, une des plus verticales de la ville. Cette fois, nous n’avons pas visité le château mais si vous ne le connaissez pas encore, il vaut vraiment la peine de s’y attarder.


Mont Saint Michel – Manche
Rennes / Vitré / Fougères – Ille et Vilaine
Août 2026

[Bretagne] redécouvrir le château de Fougères

« T’as pas vu Fougères, t’as rien vu ». C’était le slogan de l’office de tourisme de Fougères à la fin des années 1980. Il s’étalait sur d’immenses panneaux aux alentours de la ville. Pour ma part, je suis allée au lycée à Fougères, alors forcément, c’est une ville que j’ai beaucoup vue. Sur nos pauses méridiennes, nous allions souvent nous balader du côté du jardin public d’où nous avions une vue plongeante sur le château. Parfois, nous poussions même jusqu’en bas pour en faire le tour. Je l’ai visité aussi, de très nombreuses fois. Donc, c’est un château que je connais plutôt bien. Et pourtant, j’ai une nouvelle fois été surprise lors de ma visite.

des fleurs au premier plan et une ville floue au second plan
Apercevoir le beffroi et la ville haute depuis le château

Une impressionnante forteresse médiévale

C’est à la demande de Melle 3e et d’une de mes nièces que nous sommes retournées visiter le château de Fougères. Nous avons laissé la voiture sur un parking assez proche et nous sommes dirigées à pied vers l’entrée. Pour cela, nous avons longé le château au bord des douves. Des travaux y ont été entrepris ces dernières années, aménageant une passe à poissons qui leur permet de remonter les 10 mètres de dénivelé du Nançon aux abords du château. Cette courte balade permet de prendre toute la mesure des hautes murailles qui entourent l’impressionnante forteresse médiévale. En passant sous la porte Notre Dame (qui était située sur une ancienne enceinte urbaine), nous en avons profité pour jeter un œil aux moulins. Là, profitant du dénivelé du terrain, le Nançon permet d’alimenter plusieurs roues, dont certaines sont toujours fonctionnelles.

château fort vu d'en haut
Les douves au pied du château sont alimentées par le Nançon
(vue depuis la tour du Cadran)
chute d'eau d'un moulin
Les moulins du château de Fougères

Un condensé d’histoire architecturale militaire

L’une des grandes particularités du château de Fougères est son évolution architecturale tout au long du Moyen-Âge. Aujourd’hui, l’enceinte médiévale et ses différentes tours permettent d’observer au même endroit des réalisations d’époque très différentes. C’est un véritable manuel à ciel ouvert d’architecture militaire du XIIe au XVe siècle. Avant le XIIe siècle, le château existe pourtant déjà, sous la forme d’une motte castrale surmontée d’une construction en bois. Le choix de l’emplacement est pourtant original. Alors qu’habituellement les seigneurs s’installent en hauteur, à Fougères, ils font le choix de profiter d’un petit éperon rocheux au milieu des marais dans le méandre de la rivière.

tour du Moyen Age
Tour du Hallay, à l’entrée du château

Au XIIe siècle, la région des Marches de Bretagne fait régulièrement l’objet de razzias de la part des anglais depuis la Normandie. C’est au cours d’un de ses épisodes guerriers que le château de bois est brûlé. Le baron fougerais Raoul II décide alors de construire un château de pierre. Les premières tours sont construites en utilisant les matériaux locaux : le schiste ainsi que le granit pour les éléments nécessitant plus de résistance (linteaux, éléments structurants…). Le plan du château est conçu pour s’adapter à la morphologie du terrain et prend la forme d’un croissant.

mur et tour médiévaux
Tour de Coigny, transformée en chapelle

Au fil des siècles suivants, la forteresse s’agrandit, se dotant de trois cours successives, de courtines, d’un châtelet d’entrée, de tours de défense s’adaptant aux innovations de l’époque mais aussi d’un confortable logis seigneurial. Carrées au départ, les tours deviennent complètement rondes pour éviter les angles morts puis gagnent en épaisseur pour contrer les effets de l’artillerie naissante. Elles sont en forme de fer à cheval pour à la fois disposer d’un système défensif performant à l’extérieur et de larges fenêtres éclairant les pièces côté cour.

un château fort vu d'en haut, au pied d'une ville
Depuis le haut de la tour des Gobelins, la vue sur le château est plongeante
une cour de château entourée de murs et tours médiévaux, au pied d'une ville
Les tours Raoul et Surienne sont en forme de fer à cheval. Leurs murs font presque 7 mètres d’épaisseur.
une cour de château entourée de murs et tours médiévaux, au pied d'une ville
Dans la basse cour, on retrouve les vestiges du logis seigneurial


Fougères – Ille-et-Vilaine – août 2024


(*) Les conditions de visite sont disponibles sur le site internet du Château de Fougères.
Pour cette visite, j’avais pris pour la première fois les audioguides (cela permettait d’avoir des langues différentes, ma nièce étant anglophone), et je les ai trouvés très bien faits. Ma précédente visite du château remontait à 2022, et j’ai eu l’impression qu’il y avait encore plus de choses à voir dans le château. Ainsi, c’était la première fois que j’accédais au sommet de la Tour du Cadran et aux courtines adjacentes. Il est ainsi maintenant possible de faire un tour presque complet sur les murs et tours du château.

un chat gris dans un escalier en pierres
Nous avons aussi eu la chance de croiser Pompon, véritable seigneur des lieux

[Bretagne] remonter le temps à Fougères

Nous étions parties avec Melle 3e pour nous promener dans les rues médiévales de Fougères…. mais c’est un véritable voyage à travers le temps que nous avons fait !

Vue sur l’entrée du château depuis l’une des tours et sur la ville haute dont on remarque le beffroi. Sur la gauche, on aperçoit aussi la rue de la Pinterie qui permet de relier le château à la ville haute par l’intérieur des murs de la ville.

Le long du Nançon dans la basse ville

Nous sommes parties du pied du château pour notre balade. Nous avions en effet prévu de nous promener dans les rues de la basse ville, le quartier médiéval de Fougères. Derrière l’église Saint Sulpice, plusieurs maisons à pans de bois ont traversé le temps et donnent un charme particulier à ce quartier calme, malgré sa proximité immédiate avec le château.

Nous avons suivi le cours du Nançon, la petite rivière qui alimente en eau les douves du château avant de faire tourner les moulins puis de poursuivre son chemin. A l’arrière des maisons, un cheminement piéton permet en effet de longer le cours d’eau et de le traverser en plusieurs points.

Arrivées au lavoir, nous avons poursuivi notre promenade par le jardin public. A flan de coteau, il permet de gagner le haut de la ville et des quartiers remaniés plusieurs fois entre le XVIIe et le XXe siècles tout en profitant d’une vue plongeante sur le château.

Maisons à pans de bois dans la basse ville
Le long du Nançon, profiter du calme
A quelques pas du château, les rives du Nançon sont un havre de paix !

Passage par la ville haute

Notre passage par la ville haute a été plutôt bref. Après avoir admiré l’intérieur de l’église Saint Léonard et profité du point de vue depuis le square adjacent, nous nous sommes contentées de remonter la rue Nationale. Nous en avons toutefois profité pour admirer les façades des hôtels particuliers qui la bordent, ainsi qu’à la superbe maison à pans de bois qui héberge le Musée Emmanuel de la Villéon.

Au niveau du théâtre, nous avons choisi de redescendre directement vers le château car l’heure du goûter approchait et nous avions envie de déguster une crêpe (or c’est au niveau du château que l’on trouve les crêperies servant toute la journée).

Sur le trajet, nous avons tout de même pris le temps d’entrer dans le petit jardin qui dessert les anciens remparts de la ville afin de profiter de la vue sur le château et la ville. J’ai toujours bien aimé cet endroit, un peu à l’écart, pas forcément très fréquenté et qui offre un point de vue original sur les environs (et puis, c’est dans une crêperie donnant sur ces jardins que nous avions fêté l’obtention de notre bac avec mes copines).

Hôtel particulier du XVIIIe siècle, rue Nationale
Invitation au farniente au pied du beffroi
Vue sur le château depuis les remparts de la ville
Sur les remparts de la ville…

Ambiance Moyen-Âge dans le château

Visiter le château ne faisait absolument pas partie de ce que nous avions prévu, mais alors que nous prenions notre goûter à proximité, nous avons aperçu un cheval par l’ancienne poterne. Cela a piqué notre curiosité et nous sommes donc allées voir de plus près de quoi il retournait : c’était le week-end des journées médiévales et de nombreuses animations se passaient dans les cours du château. Il n’en fallait pas plus pour nous décider à changer nos plans !

La forteresse de Fougères faisait partie du système de défense des Marches de Bretagne. A compter de l’an mil et pendant cinq siècles, elle sera l’objet d’une constante amélioration, bénéficiant des techniques les plus efficaces de chaque époque pour lutter et résister aux sièges. Aujourd’hui, elle demeure la plus grande forteresse médiévale d’Europe dans cet état de conservation, témoignage de l’architecture militaire de la seconde moitié du Moyen-Âge.

Au fil des dernières décennies, des travaux de restauration, de consolidation et de sécurisation ont permis d’augmenter les espaces librement accessibles au public (la visite se fait avec un audioguide si on le souhaite). Il est ainsi possible de faire quasiment l’intégralité du tour du château sur les remparts.

Ce jour-là donc, des animations médiévales avaient lieu un peu partout dans le château, la plupart dans la basse-cour. Nous avons donc rapidement retrouvé le cheval qui nous avait attiré ici. Présenté par sa cavalière, il servait de modèle pour des explications sur les chevaux utilisés au Moyen-Âge pour les batailles et les tournois. Un peu plus loin, il était possible d’en apprendre plus sur la cuisine médiévale, l’utilisation des plantes à des fins médicales ou tinctoriales, mais aussi les armes et leur maniement. Enfin, des compagnies de reconstitution historiques se livraient des combats à pied afin de démontrer la supériorité de la valeur de leurs chevaliers….

Nous avons passé un long moment à aller d’une présentation à l’autre et à écouter les passionnés qui partageaient leurs connaissances, tout en revisitant le château. Nous aurions d’ailleurs bien prolongé jusqu’en début de soirée cette expérience si nous n’avions pas eu une contrainte familiale à honorer !

au galop dans la cour du château
Dans la basse cour du château
Les murs du château depuis l’une des tours

Fougères – Ille-et-Vilaine – août 2022

(*) Si vous souhaitez visiter le château de Fougères (ou connaître les dates des prochaines journées médiévales), il faut vous rendre sur leur site internet. Attention, la visite se fait essentiellement en extérieur donc méfiez-vous des jours de pluie et des jours de forte chaleur !