J’avais repéré l’exposition Etretat, par-delà les falaises au Musée des Beaux Arts de Lyon avant même son ouverture fin novembre. Il était hors de question que je ne la visite pas tant l’affiche était alléchante, promettant Courbet, Monet et Matisse. Décembre étant toujours un mois très occupée, je l’avais notée dans mon agenda pour début janvier. C’est donc il y a une dizaine de jours que j’y suis allée, montant exprès à Lyon. Et je n’ai pas été déçue !
Une exploration chronologique
Les précurseurs
L’exposition propose un parcours chronologique du XVIIIème au XXème siècle afin de montrer la représentation d’Etretat dans l’art. La toute première représentation est datée de la fin du XVIIIème siècle et semble avoir été créé à des fins publicitaires. Etretat est un village de pêcheurs, difficile d’accès, et il met longtemps à attirer les artistes. Une première vague de peintres s’installe à Etretat à la suite d’Eugène Isabey, un peintre de marines qui réalise là des aquarelles « sur le motif » (c’est à dire, en posant réalisant ses dessins et peintures face au paysage à représenter). Nous sommes dans les années 1820 et progressivement, d’autres artistes viennent à Etretat. Ils sont issus des courants classiques et romantiques, comme les peintres Johann Wilhelm Schirmer et Eugène Delacroix mais aussi l’écrivain Victor Hugo qui fait quelques croquis des falaises dans un carnet de voyages en Normandie. Un peu plus tard, c’est Camille Corot qui fait un séjour à Etretat. Il y peint des scènes plutôt campagnardes.
Aquarelles d’Eugène IsabeyTableaux de Camille Corot
Un village prisé par les intellectuels
En parallèle, le village de pêcheurs se transforme sous l’influence de la mode des bains de mer. Et à partir des années 1850, Etretat devient un lieu de villégiature. Moins mondaine que d’autres stations balnéaires de la côte normande comme Deauville, Etretat se dote d’un caractère beaucoup plus artistique et intellectuel. Le village va bientôt attirer les peintres stars de l’époque : Gustave Courbet et Claude Monet. Dans leur sillage de nombreux autres artistes viendront peindre les paysages d’Etretat. Parmi eux, on note Eugène Boudin, Gustave Caillebotte, Félix Vallotton, Georges Braque, et Henri Matisse.
Eugène Le Poittevin prend comme inspiration la mode des bains de mer, mais aussi la vie des pêcheurs.Gustave Caillebotte / Félix Vallotton / Georges Braque
Les grands maîtres à Etretat
Gustave Courbet, les falaises et les vagues
C’est à la fin de l’été 1869 que Gustave Courbet séjourne pour la première fois à Etretat. Il est déjà connu, en particulier pour ses paysages de bord de mer, et à cette période, il a besoin d’argent. La célébrité du site lui assure de pouvoir vendre facilement les tableaux qu’il réalisera. Il s’intéresse d’abord aux falaises et en particulier à la falaise d’Aval qu’il voit depuis l’atelier qu’il loue. Il prépare en particulier un grand format représentant la Porte d’Aval. Mais la météo va venir l’inspirer encore plus, sous la forme d’une tempête violente. Il restitue les vagues, leur façon de rouler, et leurs couleurs sombres dans le tableau La Vague qui sera présenté au Salon de Paris en 1870. Avec La falaise d’Etretat, après l’orage, son autre tableau présenté au même salon, ce sera l’un des plus grands succès de sa carrière. Il réalisera d’ailleurs plusieurs tableaux sur le même sujet que La Vague jusqu’à la fin de sa vie.
La Vague – Gustave CourbetLa Falaise d’Etretat, près l’orage – Gustave Courbet
Claude Monet, les impressions
Entre 1869 et 1869, Claude Monet loue une maison à Etretat avec sa famille. C’est là qu’il réalise un tableau ambitieux, au format « portrait », rompant avec les conventions de représentation des scènes de vie. Le Déjeuner montre sa compagne à table avec leur fils Jean, tandis qu’une domestique en arrière plan s’assure du bon déroulé du repas et qu’une visiteuse avec une voilette s’appuie contre la fenêtre. Mais c’est dans les années 1880 que Monet viendra séjourner à plusieurs reprises à Etretat, essentiellement en automne ou en hiver. Là, il peint et dessine les falaises, dans les lumières changeantes, posant les bases du mouvement de l’impressionnisme. Chaque œuvre est commencée en plein air. Maupassant décrit alors Monet comme un chasseur d’impressions, menant de front plusieurs tableaux selon les effets de la météo et du moment de la journée sur la lumière. En tout, ce seront presque 80 toiles que Monet créera dans les paysages d’Etretat.
Le Déjeuner – Claude MonetAu premier plan : Etretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval – Claude Monet En arrière plan : Chaumière normande – Claude Monet, sans doute mon tableau préféré de l’exposition avec ce beau jeu de reflets dans la mare (et dont je m’aperçois en rédigeant cet article qu’il n’est pas sans rappeler la palette de couleurs de la représentation du Jas de Bouffan par Cezanne qui avait été mon coup de cœur de l’exposition de l’été dernier à Aix en Provence)
Henri Matisse, au début du XXème siècle
C’est en 1920 qu’Henri Matisse séjourne à deux reprises à Etretat au cours de l’été. Il y accompagne sa fille Marguerite, convalescente. Les tableaux de son séjour avec Marguerite sont essentiellement des scènes d’intérieur où le paysage se voit à travers une fenêtre. Un peu plus tard, il s’intéresse au motif des falaises. Son travail se distingue de celui de ses illustres prédécesseurs par l’utilisation d’aplats de couleurs. Le trait est simplifié, les formes sans détails. Il créera aussi plusieurs natures mortes de poissons fraichement pêchés et peints sur la plage.
Intérieur, Etretat – Henri MatisseDessin à l’encre de chine – Henri Matisse
La photographie
En complément des représentations dessinées, ou peintes, l’exposition propose aussi une brève approche de la façon dont Etretat a été photographié. On découvre ainsi de nombreuses vues prises par Alphonse Davanne dans deux séries, l’une datée de 1852/1853 et l’autre de 1862. La photographie est alors un loisir réservé aux familles aisées qui en explorent les possibilités. Les clichés sont un mélange entre témoignage des paysages et photos de famille. Avec l’essor du tourisme à Etretat, on voit apparaître les cartes postales, reproduction mécanique de photographies. Enfin, l’exposition s’achève sur de grands formats contemporains, de Balthazar Burkhand, venu en 1995 sur les pas de Courbet saisir les vagues, et de Elger Esser qui, en 2000, suit les traces de Maupassant à Etretat.
L’effet visuel de l’escalier avec juste l’accroche des explications sur la salle au dessus était très théâtralA gauche : photographies d’Alphonse Davanne A droite : album photo présentant des vues d’Etretat
Exposition Etretat, par-delà les falaises Musée des Beaux Arts de Lyon Janvier 2026
Avis et informations pratiques
Ce que j’ai pensé de l’exposition
L’exposition est très agréable à parcourir. J’y étais un samedi matin à l’ouverture, et il y avait relativement peu de monde. Je suppose qu’en milieu de journée, la densité de visiteurs doit être plus élevée. Je vous conseille donc de choisir avec soin le moment où vous y allez. Les salles sont assez grandes pour bien voir les œuvres présentées, et prendre le recul nécessaire.
Les cartels sont très intéressants et apportent un très bon niveau d’information, sans être compliqués ou pédants. N’hésitez pas à les lire, ils permettent vraiment de comprendre la façon dont Etretat est devenu iconique. Il y a aussi à disposition un parcours de visite ludique pour les enfants.
L’exposition tient les promesses de son affiche. Les trois grands maîtres annoncés (Courbet, Monet, Matisse) sont bien présents, avec chacun leur salle et de nombreuses œuvres présentées. Ils sont par ailleurs, vous l’aurez compris, très bien accompagnés d’autres artistes.
Il m’a fallu environ 1h15 pour parcourir cette exposition.
Quelle que soit la saison, le jardin du Musée des Beaux Arts de Lyon est un havre de paix
Informations pratiques
L’exposition Etretat, par-delà les falaises se tient au musée des Beaux Arts de Lyon jusqu’au 1er mars 2026. Les informations pratiques sont disponibles sur le site internet du musée. Il est conseillé de prendre son billet en ligne avant de venir. Cela permet d’éviter la file d’attente à la caisse, et de s’assurer de pouvoir rentrer.
L’exposition sera ensuite présentée du 19 mars au 5 juillet 2026 au Städel Museum de Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), sous le titre Monets Küste. Die Endeckung von Etretat (La côte de Monet. La découverte d’Etretat).
Les expositions et spectacles dont je parle dans cet article sont pour certains terminés ou passés. Malgré tout, j’avais envie d’en garder une petite trace par ici. Quelques expositions sont encore présentées pour quelques semaines. Cela vous donnera peut-être envie d’aller les découvrir avant qu’il ne soit trop tard. En complément, j’ai également visité des expositions qui ont fait l’objet d’autres articles, par exemple l’exposition L’Art Déco des régions, modernités méconnues au Musée de Valence.
Au LUX Valence
Exposition – Le Monde à l’envers
Le Monde à l’envers, c’est une expérience photographique menée par Anne-Lore Mesnage et Charles De Borggraef. Au fil des dernières années, ils ont promené sur les routes du Vercors une caravane transformée en sténopé, une camera obscura à la fois géante et rudimentaire. Il en ressort des clichés surprenants, mis en scène dans l’exposition avec d’autres images montrant la caravane et son environnement, des textes mis en forme ou encore des graphiques pour raconter leur odyssée picturale.
Exposition Le Monde à l’envers au LUX Valence du 20/09/2025 au 23/11/2025
Spectacle – Par d’autres voix, Ambra Senatore
Je n’étais encore jamais allée voir un spectacle au LUX Valence. C’est par le biais d’une invitation, en dernière minute, que j’y ai mis les pieds. Sur scène, l’artiste Ambra Senatore, seule, livre une performance d’une heure vibrante, forte. Entre danse et texte, elle entraîne le spectateur à la limite de la transe, portant les voix des femmes d’ici et d’ailleurs, d’hier et de maintenant. Les émotions se bousculent, les questionnements aussi. C’est un spectacle puissant et bouleversant.
Spectacle – Encyclies, Adrien Mondot et Nathalie Morazin
Dès que j’ai aperçu la présentation du spectacle Encyclies d’Adrien Mondot et Nathalie Morazin, j’ai eu envie d’y assister. C’est plus une expérience qu’un spectacle, tressant un lien entre les notes du piano et les lignes projetées grâce à un programme informatique. Les deux artistes proposent ainsi un voyage à la fois visuel et sonore. C’est parfois poétique, parfois ébouriffant. Ils entrainent les spectateurs dans un tourbillon hypnotisant, entre ondes visuelles, jonglage silencieux et musique expérimentale. C’est tout à la fois doux et puissant, réconfortant et perturbant, dans un équilibre sans cesse à la limite de la rupture. C’est beau de simplicité et de complexité mélangées.
J’avais repéré Prism depuis plusieurs mois sans prendre le temps d’y aller. Quelle erreur ! J’ai été captivée, hypnotisée par le travail de Yann Nguema. Spécialisé dans le mapping vidéo de grande ampleur (du genre de ceux que l’on peut découvrir sur des monuments), l’artiste s’est intéressé à des formes plus intimes de projections numériques. Prism présente une dizaine d’installation, dont 8 sont interactives. A travers des capteurs devant lesquels le visiteur est invité à passer ses mains, l’œuvre s’anime, au gré de nos mouvements. Une installation permet de plonger en 3D dans un atome, et c’est celle qui m’a le moins convaincue de l’exposition. Enfin, Gravity nous offre un spectacle aérien, hypnotique, et relaxant. Pendant 20 minutes, on se laisse porter par ce voile en mouvement sur lesquels sont projetés des vidéos.
Exposition Prism de Yann Nguema Artsolite – Saint Jean en Royans du 02/04/2025 au 28/12/2025
Exposition – Twin Peaks en Royans de Nicolas Badout
J’avais découvert le travail de Nicolas Badout lors de l’acte 3 du Festival AiRt de Famille à Lyon en 2024. Il y présentait une œuvre immersive Bienvenue en Oregon qui plongeait le visiteur dans un décor de bulle de bande dessinée. A Saint Jean en Royans, le principe reste similaire : plonger le spectateur dans une œuvre immersive pour lui faire ressentir un univers. Le trait reste aussi assez similaire, avec toujours cette impression de case de comics. Cette fois, nous nous retrouvons dans un Twin Peaks fantasmé, situé dans le Vercors. Laura Palmer a disparu, le téléphone sonne, la lumière orange vacille : on retrouve l’ambiance de la série de David Lynch dans ce Twin Peaks en Royans. Je me serai presque attendue à me retrouver face à l’agent spécial Dale Cooper. Le mystère est accentué par l’utilisation de la lumière noire, qui ajoute au côté surréaliste. (et maintenant, j’ai encore plus envie de revoir la série)
Twin Peaks en Royans par Nicolas Badout L’Artsolite – Saint Jean en Royans du 20/11/2025 au 29/03/2026
Exposition – Les sentinelles de l’Aurore de Yan Vita
Cette troisième exposition à l’Artsolite, c’était un peu la cerise sur le gâteau. Nous étions venus pour voir Prism et Twin Peaks en Royans. Nous avons eu la très belle surprise de la découverte de l’univers de Yan Vita. Les sentinelles de l’Aurore, c’est le titre de la bande dessinée en cours de création de Yan Vita. Dans un Vercors fantasmé, aux allures de monde médiéval fantastique, c’est une histoire de quête, de résistance, de nature. L’exposition présente le processus créatif de l’artiste, ainsi que des planches d’ambiance ou de construction de personnages, façon fiche de jeu de rôle. Après cet avant-goût, je suis impatiente de découvrir la bande dessinée terminée. Hélas, la date de finalisation n’est pas encore connue.
Les Sentinelles de l’Aurore par Yan Vita L’Artsolite – Saint Jean en Royans du 22/10/2025 au 29/03/2026
(*) Les informations pratiques pour visiter ces 3 expositions sont disponibles sur le site internet de l’Artsolite. Le lieu propose en outre une boutique, un bar et un restaurant.
A O’Lac à Chateauneuf sur Isère
Spectacle – Giselle(s) avec Marie Claude Pietragalla
Plus jeune, je n’avais jamais pensé que j’aurais la chance de voir danser Marie Claude Pietragalla, étoile de l’Opéra de Paris dans les années 1990.J’avais loupé son Lorenzaccio créé pour les fêtes nocturnes de Grignan en 2017. Aussi, quand j’ai vu la programmation de son ballet Giselle(s) à O Lac, une salle de spectacles drômoise, je n’ai pas hésité à acheter ma place. Ce ballet contemporain, chorégraphié et mis en scène par Marie Claude Pietragalla et Julien Derouault, est une revisite moderne du ballet romantique Giselle. L’histoire originelle aborde le thème de la trahison, et de l’amour plus fort que la mort. Le duo de danseurs chorégraphes modifie le livret pour évoquer les violences faites aux femmes, en particulier les violences conjugales, à travers 4 couples et donc 4 « Giselle ». La partition est dépoussiérée pour intégrer des rythmes contemporains, entre musique hip-hop et tambours du Bronx, apportant une modernité au lyrisme romantique d’origine.
L’affiche de Giselle(s)
Je suis ressortie du spectacle avec un sentiment très ambivalent, comme si j’avais à la fois aimé et pas aimé. Quelques jours plus tard, je suis toujours perplexe quant à mon sentiment sur ce ballet. J’ai l’impression d’une dissonance entre la dureté du propos et l’esthétisme de la chorégraphie.
Les violences faites aux femmes sont, dans l’acte 1, évoquées au travers de pas de deux qui les rendent presque sensuelles et poétiques, créant un certain malaise.
Dans l’acte 2, la Reine des Wilis apparait comme une figure christique entourée de 12 disciples zombiesques. L’ouverture de l’acte se fait autour d’une table rappelant la cène, où les Wilis-zombies dévorent un homme.
Les Wilis-zombies viennent ensuite hanter les hommes jusqu’à la folie, sans répit. Et pourtant, le spectateur est emporté par la sensualité de l’échange qui se met en place entre Marie Claude Pietragalla et Julien Derouault.
Le salut final de Giselle(s)
C’est à la fois beau et violent, doux et brutal. C’est un ballet qui interroge et ne laisse pas indifférent. Et, au delà du propos du spectacle, il y a le bonheur de voir danser Marie Claude Pietragalla, accompagnée de Julien Derouault et des talentueux danseurs de la compagnie du Théâtre du Corps.
(*) Giselle(s) a été créé en 2023 par Marie Claude Pietragalla, Julien Derouault et le Théâtre du Corps. Il est depuis représenté sur différentes scènes en tournée.
(*) J’ai été invitée (collaboration commerciale non rémunérée) au spectacle d’Ambra Senatore par le LUX Valence. Pour tous les autres spectacles et expositions cités dans cet article, y compris ceux au LUX, j’ai payé ma place/mon entrée.
Alors que le froid est arrivé chez moi, apportant son lot de flocons et de températures glaciales, le thème de cette semaine pour le projet 52 nous propose quelque chose de tout doux. Ma première pensée a été pour un plaid tout moelleux. Comme je ne suis maintenant souvent à la maison que lorsque la nuit est tombée (ou le jour pas encore levé), je n’ai pas trouvé les conditions idéales pour photographier un de mes plaids. J’avais pourtant une idée de mise en scène avec une tasse de thé fumante.
Il se trouve que dimanche dernier, j’ai profité de la présence de Mr 1er pour aller découvrir des expositions dans un centre culturel à une demie heure de route de chez moi (je vous en reparlerai en détail). Dans l’une des expositions présentées, une œuvre invitait à la contemplation. Confortablement installée dans une chaise longue, je me suis laissée porter pendant les 20 minutes de la boucle de l’installation Gravity de Yann Nguema. Un moment poétique et tout doux…
Installation Gravity par Yann Nguema A découvrir dans l’exposition Prism à l’Artsolite à Saint Jean en Royans, jusqu’au 28 décembre 2025
Pour découvrir ce que les autres participants ont trouvé tout doux, il suffit de suivre les liens dans les commentaires.
EDIT 29/11/25 – 09.55 : suite à différents commentaires, voici un lien pour voir l’installation Gravity en vidéo
Ayant longtemps travaillé à Lyon, j’évitais au maximum d’y retourner le week-end. C’est dommage car c’est une ville qui offre beaucoup de possibilités, tant à la découverte du patrimoine qu’en terme de propositions culturelles. Depuis bientôt 2 ans que je n’y vais plus quotidiennement, je prends plaisir à y aller me balader de temps à autre. Cette fois, c’est un cadeau gagné lors d’un concours à la rentrée qui m’a donné l’occasion d’aller jusqu’à Lyon. Mon lot comportait en effet une visite guidée du Vieux Lyon, et un repas dans un bouchon lyonnais. J’ai ajouté à ce programme la visite de l’acte 4 du Festival AiRT de Famille dans l’après-midi.
Vue sur la basilique de Fourvière depuis le côté de la cathédrale Saint Jean
Une visite du Vieux Lyon
Un coup d’œil à la cathédrale
J’ai commencé la journée par la visite du Vieux Lyon, avec une guide de l’office de tourisme. Le rendez-vous était place Saint Jean, devant la cathédrale. Ayant de l’avance, j’en ai profité pour retourner faire un tour à l’intérieur de celle-ci. J’ai constaté que la restauration de la splendide horloge astronomique était terminée. Malheureusement, je n’étais pas au bon moment pour l’admirer sonner. J’ai par contre profité de la douce lumière qui baignait la cathédrale, tandis que le soleil passait à travers les vitraux.
Dans la nef de la cathédrale Saint JeanDans le chœur de la cathédrale Saint Jean
Un tour dans les traboules
J’ai découvert Lyon alors que j’étais étudiante. J’y avais en effet fait un stage dans un laboratoire de recherche en 1996, suivi d’un second dans un autre organisme de recherche l’année suivante (afin d’éviter toute confusion, il ne s’agissait pas de chimie ou de pharmacie, mais de modélisation mathématique en mécanique des fluides !). Lors de mon premier séjour, j’avais eu l’occasion de participer à une visite guidée du Vieux Lyon et j’avais ainsi découvert les traboules. Depuis, je n’avais pas refait de visite guidée. Le rendez-vous avec notre guide était place Saint Jean, au pied de la fontaine. Si la visite devait durer 1 heure, force sera de constater que notre guide est passionnée et aime partager. Et notre visite durera presque 1 heure et demie.
Au pied de la fontaine de la place Saint Jean
J’ai apprécié cette visite car, au delà de la découverte des lieux, j’ai appris plein de nouvelles informations. Par exemple, les façades dans les tons ocres telles qu’elles ont été refaites dans les années 1980/1990 ne correspondent pas du tout aux teintes qui étaient en usage dans ce quartier entre la Renaissance et le XVIIIe siècle. Les façades étaient en effet plutôt claires car il s’agissait d’un quartier de riches marchands et que l’ocre des crépis était du à la présence massive de tuiles pilées, dénotant plutôt un habitat peu fortuné. Ainsi, dorénavant, lorsque les façades sont refaites, elles sont claires. De même, le nom de la Tour Rose (aujourd’hui recouverte d’un enduit.. rose) était à l’origine d’une couleur blanc cassé, et tiendrait son nom d’une tâche de sang qui ne partait pas suite à un évènement tragique qui se serait passé dans la cour.
Enduit blanc et encadrements en pierres dorées : un aspect plus proche de celui d’origineLa Tour Rose
Les traboules ce sont des passages qui permettent de traverser une maison (ou plusieurs) pour aller d’une rue à l’autre. C’est un système qui permet de gagner de la place tout en conservant les circulations, dans un quartier coincé entre une colline et une rivière, et où donc l’espace est rare et l’habitat dense. Chaque maison était la propriété d’une seule famille, qui y logeait. Mais les traboules étaient accessibles à tous, ainsi que les puits qui se trouvaient dans les cours et les miradors qui surmontaient les escaliers. Ces miradors remplissaient plusieurs fonctions dont la surveillance du feu. Mais surtout, ils permettaient de profiter de la lumière du soleil. Le marchand qui possédait la maison pouvait s’y installer pour lire et écrire à la lumière du jour et chacun pouvait venir y « prendre l’air ». En effet, le soleil, tout comme l’eau (abondante dans le sous-sol), étaient des ressources communes et ne pouvaient pas être privatisées.
Tout en haut de l’escalier, au dessus du dernier étage, on trouve le miradorA l’angle de la rue Saint Jean et de la place Neuve Saint Jean, percée pour aérer le quartier et limiter les impacts des épidémies de pesteLe puits de la cour de la Tour RoseLe puits de la cour de la traboule de l’Hostellerie du Gouverneur
Les montées de la colline de Fourvière
Parmi les autres plaisirs d’une balade dans le Vieux Lyon, il y a les différentes montées qui partent à l’assaut de la colline de Fourvière. Si la plus ancienne est la montée du Gourguillon, depuis le quartier Saint Georges, les montées depuis le quartier Saint Jean ont l’avantage d’offrir de jolis points de vue sur la cathédrale. Cette fois, je suis montée par les escaliers de la montée du Garillan (qui part de la place du Petit Collège derrière le musée Gadagne). Puis, je suis redescendue par la Montée des Chazeaux. Le but était uniquement de profiter des panoramas tout en faisant un peu d’exercice !
Montée du GarillanLa skyline lyonnaise depuis la montée du GarillanLa cathédrale depuis la montée Saint Barthélémy
Le festival AiRT de Famille, pour découvrir les artistes lyonnais émergents
Au printemps 2024, j’étais allée voir l’acte 3 du festival AiRT de Famille dans l’ancienne galerie des Terreaux. Pour l’acte 4, les artistes ont investi un espace désaffecté sur les toits de l’ancien centre d’échange de Lyon Perrache. Le lieu est en cours de restructuration complète. La passerelle qui reliait le centre d’échange à la gare a déjà été entièrement refaite et le bâtiment fera bientôt l’objet de gros travaux. Au 4e étage, donnant directement sur les jardins suspendus, une quarantaine d’artistes a investi un peu plus de 1500 m2. Tous issu du programme omart qui a pour but de soutenir la création artistique locale dans une démarche culturelle de diffusion.
C’est parti pour la découverte du festival AiRT de famille acte 4Les Tokis permettent d’identifier les différentes thématiques
Chaque artiste disposait d’un espace pour lequel il a travaillé une proposition in situ, généralement en 3D. J’ai retrouvé les univers d’artistes que j’avais croisés lors de la précédente édition ou dans d’autres manifestations. Voici les propositions que j’ai préférées dans cet acte 4, sous titré « La métamorphose des mondes ».
Quand Poséïdon nous observe – Airgone Symb’Lob ou « Symbiosa » – Boun KaOblivion – Capie Danse macabre – FouapaHors Cadre – Charlène PlancheLe temps d’un contour – Kairos (détail)
Lyon – Rhône – octobre 2025
Informations pratiques
Visite guidée : l’office de tourisme de Lyon propose différentes visites guidées dans le Vieux Lyon mais aussi dans les autres quartiers. Les visites guidées permettent d’en apprendre plus sur l’histoire et les spécificités des villes. J’ai eu l’occasion d’en faire dans différentes villes, et j’ai chaque fois trouvé cela très instructif.
Les traboules : les traboules du Vieux Lyon sont toutes des passages privés. Certaines sont ouvertes dans la journée aux visiteurs. Il est impératif d’être respectueux et discret dans celles-ci. Il ne faut pas non plus forcer l’entrée en dehors des heures d’ouverture ou pour celles qui ne sont pas ouvertes au public. Il existe aussi des traboules sur la Croix Rousse et sur la Presqu’île. Sur le site de l’office de tourisme, il est possible de retrouver la liste des traboules accessibles au public.
Les bouchons lyonnais : ce sont les restaurants typiques de Lyon. On en trouve un peu partout en ville. Cette fois, nous avons déjeuné à l’Auberge des Canuts, sur la place Saint Jean (ce repas faisait partie du lot que j’avais gagné). Nous y avons bien mangé dans une vraie ambiance de bouchon. C’était bon, et copieux. Malgré le quartier très touristique, ce n’était pas un attrape touristes. On peut toutefois trouver aussi bon pour un peu moins cher dans des quartiers moins fréquentés ou des rues plus discrètes. Les plats typiquement lyonnais sont le saucisson brioché, le tablier de sapeur, le gâteau de foie, la quenelle de brochet sauce Nantua ou homardine, la cervelle de canut (qui est en fait du fromage blanc aux herbes), et pour le dessert la tarte aux pralines. On trouve souvent dans les bouchons des ravioles mais elles sont en fait originaires de la région du Royans dans la Drôme, et du St Marcellin, un fromage qui vient de la vallée de l’Isère. Les « bons » bouchons le proposeront en provenance de la Mère Richard, un fromager affineur réputé.
vue sur Lyon et la basilique de Fourvière depuis les jardins suspendus de Perrache
Festival AiRt de Famille – acte 4 : sur les toits de Perrache, accès en transports en commun arrêt Perrache (métro, tram, bus et gare SNCF). Initialement prévu jusqu’au 30 novembre 2025, le festival artistique est prolongé jusqu’au 4 janvier 2026. Il est impératif de prendre son billet en ligne car il n’y a pas de billetterie sur place. Toutes les informations pratiques sont à retrouver sur le site internet d’AiRT de Famille.
Pour la seconde fois cette année, nous avons avec Melle 3e articulé un séjour parisien autour d’un spectacle. Au printemps, nous étions allées voir Cyrano de Bergerac et visiter des musées plutôt méconnus. Cette fois, c’est Le Fantôme de l’Opéra qui nous a conduites jusqu’à Paris. Nous sommes donc parties deux jours, prenant le premier TGV du matin dans un sens et quasiment le dernier du soir dans l’autre sens. Outre le spectacle, nous avions repéré (et réservé) deux expositions d’importance recommandées par le professeur d’Histoire des Arts de Melle 3e.
Vue sur le Louvre depuis l’intérieur de la Grand Pyramide
Grands magasins et passages, le shopping à la Belle Epoque
Nous sommes arrivées alors que la tempête Benjamin balayait la France. C’est donc de la pluie et du vent qui nous ont accueillies à l’arrivée gare de Lyon. Après avoir déposé nos valises à la bagagerie de l’hôtel, nous avons pris la direction de Saint Lazare car je souhaitais profiter de la matinée pour visiter la chapelle expiatoire. Malheureusement, elle est située au centre d’un jardin, qui était ce jour-là, comme tous les squares et jardins publics parisiens, fermé en raison des vents violents. Nous sommes donc parties en direction des Grands Magasins du boulevard Haussmann pour aller admirer les coupoles.
Au Printemps Haussmann
Nous avons commencé par le Printemps, dont nous étions le plus proche. La coupole, inaugurée en 1910, est selon moi la plus belles des coupoles parisiennes. Longtemps cachée du grand public, j’avais eu l’occasion d’y vivre une soirée de gala dans le cadre d’un de mes anciens postes. Suite à des travaux, l’ensemble des derniers étages du Printemps ont été rendus accessibles au public. Sous la coupole, nous avons pu visiter la petite exposition Sac Sac Sac qui retrace l’histoire du sac à main. Nous avons aussi admiré le grand vitrail dans l’escalier vers le dernier étage et profité entre deux averses de la vue depuis la terrasse.
Aux Galeries Lafayette du boulevard Haussmann
Nous sommes ensuite allées voir la coupole des Galeries Layette, édifiée en 1912. Celle-ci est plus facile à voir que celle du Printemps car on peut la découvrir depuis le rez-de-chaussée en se plaçant au centre de la rotonde. Tout autour de la rotonde, un majestueux décor du début du XXe siècle est resté intact avec ses dorures et ses balcons aux ferronneries dessinées par Louis Majorelle. Après avoir admiré l’opulence de ce décor Art Nouveau, nous avons poursuivi par la visite de quelques passages couverts dans le même quartier.
Passage Choiseul
L’exposition Georges La Tour au musée Jacquemart André
Nous avions réservé un créneau en tout début d’après-midi au musée Jacquemart André dans le but de visiter l’exposition temporaire Georges de La Tour. Nous sommes arrivées en avance et avons du attendre l’heure dite pour pouvoir entrer dans le musée. Nous avons commencé par jeter un œil rapide aux pièces d’apparat de cet ancien hôtel particulier du XIXe siècle. Je suis toujours sous le charme du jardin d’hiver, encore plus les jours de pluie.
Dans le jardin d’hiver
L’exposition Georges de La Tour est sous-titrée « Entre ombre et lumière ». Ce sous-titre est parfaitement adapté à la peinture de ce maître du clair-obscur. La plupart de ses tableaux présente en effet un éclairage délicat, souvent indirect, à la lueur d’une bougie ou d’une braise. Cette gestion de la lumière vient sublimer des scènes parfois simples, et apporter une aura particulière. Je connaissais de lui son tableau Le Nouveau Né, habituellement exposé au musée des Beaux Arts de Rennes où je l’avais découvert il y a longtemps. L’exposition m’a permis d’admirer une petite trentaine des œuvres de ce peintre méconnu, dont il ne resterait qu’une quarantaine de tableaux. Si j’ai apprécié la qualité des tableaux présentés et les explications des cartels, j’ai, comme régulièrement dans ce musée, détesté les conditions de visite : les salles sont petites, les éclairages sont approximatifs et créent des reflets sur des œuvres qu’on est obligé de voir de près, les visiteurs sont très nombreux et la circulation très difficile.
Le Fantôme de l’Opéra au théâtre Antoine
C’est pour Le Fantôme de l’Opéra que nous avions organisé ce séjour. Melle 3e avait en effet repéré ce spectacle dès l’ouverture des réservations l’été dernier. Nous avions ensuite choisi un jour pour nous y rendre et pris nos billets. Nous avons assisté à l’une des toutes premières représentations de ce nouveau spectacle musical monté au théâtre Antoine. Cette fois encore, nous étions très bien placées au second rang d’orchestre (nous avions pu profiter d’un tarif très avantageux lié à la première semaine de représentation). Si le spectacle ne restera pas comme un souvenir fort dans ma mémoire, j’ai passé un excellent moment de divertissement, porté par des artistes performants. La mise en scène, sympathique, n’est pas forcément très originale. Mais c’est un spectacle que l’on peut aller facilement voir en famille pour les fêtes de fin d’année.
Avant / après le spectacleSoirée au Théâtre Antoine
Le musée du Louvre
L’exposition Jacques-Louis David
Nous avions choisi de consacrer notre deuxième journée au Musée du Louvre, en commençant par l’exposition temporaire en cours, consacrée au peintre Jacques-Louis David. Nous avions des billets pour le premier créneau du matin. Nous sommes donc arrivées avant 9.00 pour faire la queue afin d’entrer dans le musée. Après avoir traversé la Grande Pyramide, nous avons filé vers le hall des expositions temporaires. Nous avons pu bénéficier d’un grand confort de visite, entre l’espace nécessaire pour bien admirer les œuvres et le faible nombre de visiteurs.
Face au Serment des Horaces
L’exposition se veut une rétrospective complète de la carrière de Jacques-Louis David, depuis ses premiers essais pour entrer à l’Académie Royale jusqu’à l’exil bruxellois. De nombreux tableaux, surtout de grands formats, sont présentés avec à chaque fois des explications très claires et intéressantes sur les cartels. Présentée de façon chronologique, on suit l’évolution picturale de David. L’exposition met aussi en regard ses tableaux avec ceux de ses contemporains, qu’ils aient été des concurrents ou des élèves devenus célèbres comme Ingres. Le travail de son atelier est évoqué à la fois à travers des dessins d’étude mais aussi avec des reproductions de ses tableaux, réalisées par ses élèves dans l’atelier. Il est à ce propos intéressant de constater des différences entre les différentes versions, qu’il s’agisse de la Mort de Marat ou du portrait de Napoléon dans son cabinet de travail. C’est une véritable plongée dans la vie artistique et politique de David, ses engagements et ce que celui lui a coûté.
Au fil de l’exposition Jacques-Louis David
Certains tableaux de David exposés au Musée du Louvre, comme par exemple Le Sacre de Napoléon, n’ont pas été déplacés dans l’exposition temporaire. Nous avons donc profité du fait que notre billet nous donnait aussi accès aux collections permanentes pour aller les voir. Nous avons vite constaté qu’il y avait beaucoup plus de monde dans ces salles du département de peinture, qui présentent de nombreux tableaux très connus.
Pour doubler la profondeur, un grand miroir a été installé en face du tableau Le Sacre de Napoléon. L’occasion d’un nouveau selfie-musée.
En flânant dans le musée
Face à la foule dans les salles de peinture, nous avons opté pour la découverte du département des sculptures. Le hasard nous a fait passer devant plusieurs œuvres classiques dont L’esclave rebelle de Michel-Ange ou encore Psyché ranimée par le baiser de l’amour de Canova. J’ai aussi joué à un petit jeu que j’aime bien dans ce musée labyrinthique : regarder par la fenêtre. On y découvre souvent des points de vue intéressants sur la Pyramide ou sur les cours intérieures. Enfin, nous avons déjeuné dans l’enceinte même du musée (pour pouvoir continuer à visiter l’après-midi, toute sortie étant définitive). Pour cela, nous avons profité de la terrasse du café Mollien, donnant sur la cour centrale.
Psyché ranimée par le baiser de l’amour de CanovaCour intérieureDepuis la terrasse du café Mollien
Les cours Marly et Puget
Parmi mes endroits préférés au Louvre, il y a la cour Marly, et sa symétrique la cour Puget. Dans ces deux cours, réaménagées et couvertes dans les années 1980 lors du projet Grand Louvre initié par le président de la République François Mitterand. Je me souviens les avoir vues quand elles étaient encore les parkings du ministère des Finances lors de ma première visite au Louvre (en 1983). Aujourd’hui, elles constituent de formidables écrins pour les sculptures françaises monumentales autrefois destinées aux espaces extérieures. Elles permettent aussi de déambuler à travers les salles médiévales du département de sculpture.
Cheval de MarlyMilon de Crotonne-PugetCours Marly et Puget du Musée du LouvreCoup de cœur pour ce dragon. Détail d’un retable de 1508 représentant Saint Georges combattant le dragon
Nous avons quitté le Louvre à plus de 15.00, soit après 6 heures d’exploration. Après un bref passage au jardin des Tuileries, un café dans le Marais et un saut au Musée Carnavalet, nous avons pris un temps de repos dans le lobby de l’hôtel pour attendre l’heure de notre train.
Paris – octobre 2025
Informations pratiques
Printemps Haussmann, métro Havre-Caumartin. La coupole est située au dernier étage du bâtiment principal dit « Printemps de la femme ». Elle est accessible aux horaires d’ouverture du magasin.
Galeries Lafayette Haussmann, métro Chaussée d’Antin-Lafayette. La coupole et le décor Art Nouveau sont visibles depuis le rez-de-chaussée. Au 3e étage du magasin, un glasswalk est accessible pour mieux admirer l’ensemble des décors. Victime de son succès, l’accès s’y fait uniquement sur réservation d’un créneau horaire, pour quelques minutes. Il est cependant tout à fait possible de profiter complètement du décor depuis l’ensemble des étages du magasin.
Exposition Georges de la Tour, entre ombre et lumière – Musée Jacquemart André, métro Miromesnil. L’exposition est présentée jusqu’au 25 janvier 2026. La réservation de billets en amont est plus que recommandée. Certaines journées sont complètes largement à l’avance. L’ensemble des informations pratiques est disponible sur le site internet du musée Jacquemart André. Sans nous attarder dans les pièces meublées de l’hôtel particulier, ni dans le petit musée de Nélie André, nous avons mis plus d’1h30 à faire la visite.
Spectacle musical Le Fantôme de l’Opéra – Théâtre Antoine, métro Strasbourg-Saint Denis. Le spectacle est joué jusqu’au 11 janvier 2026, du mercredi au dimanche à 19.00. Les réservations se font en ligne sur le site internet du Théâtre Antoine.
Exposition Jacques-Louis David – Musée du Louvre, métro Palais Royal. L’accès aux expositions temporaires du musée du Louvre nécessite un billet d’entrée spécifique, qui ouvre aussi le droit d’accès aux collections permanentes. La réservation est obligatoire pour accéder au musée du Louvre et le créneau horaire doit être respecté (c’est contrôlé dans la file d’attente). Les réservations se font directement sur le site internet du Musée du Louvre. Nous avons passé 6 heures en tout dans le musée, dont 2 heures dans l’exposition temporaire. Nous n’avons bien entendu absolument pas fait le tour du musée. Si vous y allez, sélectionnez en amont ce que vous voulez absolument voir et priorisez ces œuvres.
Pour accéder au musée du Louvre, je préfère passer par le Carrousel du Louvre : il y a souvent moins d’attente pour passer la sécurité et cela permet de faire la queue à l’abri des intempéries.
Hébergement : j’avais choisi un hôtel entre la gare de Lyon et Bastille afin de pouvoir y laisser nos bagages facilement que ce soit le 1er ou le dernier jour. Il y en a plusieurs qui sont bien situés et agréables. Je fais mon choix en fonction des tarifs et disponibilités à la date où je voyage.
Repas : en dehors du café Mollien au Louvre (quiche ou sandwich, qualité correcte, prix élevé), nous avons mangé/pris le goûter dans des restaurants choisis un peu au hasard à côté de là où nous étions à l’heure du repas. Aucun n’est particulièrement mémorable ni à éviter absolument.
Cette année 2025 marque le centenaire de l’exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925 qui est souvent considérée comme l’acte de naissance du mouvement Art Déco. A l’occasion de cet anniversaire, de nombreux lieux ont consacré une exposition à ce mouvement artistique. C’est le cas du Musée de Valence en cette fin d’année. L’exposition, inaugurée fin septembre, offre cependant un angle d’approche assez original puisqu’il s’agit de regarder comment l’Art Déco a été interprété dans les régions. Il en ressort une présentation très loin du parisianisme habituel. J’ai eu la chance de la découvrir dans des conditions exceptionnelles avec un petit groupe de créateurs de contenu avant même son ouverture au public, et accompagnés par la commissaire d’exposition.
L’art déco des régions – affiche de l’exposition au Musée de Valence
Les expressions régionalistes de l’Art Déco
Mobilier, décoration et architecture
L’exposition s’ouvre sur un rappel de celle de 1925 à Paris. Le visiteur en découvre le plan, ainsi que des photographies et maquettes des différents pavillons régionaux. Ceux-ci adoptent les codes vernaculaires du bâti traditionnel en lui appliquant les lignes structurées propres à ce qui deviendra l’Art Déco. Dans chaque pavillon, les artistes locaux ont réinterprété le mobilier, la décoration ou encore la vaisselle traditionnels. Trois mouvements régionalistes sont évoqués dans l’exposition du musée de Valence, issus de la Bretagne, du Pays Basque et de Provence. Le Pays Basque est représenté à travers un immense buffet ayant été conçu pour la villa du joueur de tennis René Lacoste. Massif, il est sculpté de motifs de jeux basques, et garni de lampes en verre coloré. La Provence est présentée avec des éléments ayant servi à décorer le pavillon des Alpes Maritimes à l’expo de 1925. Table, siège et appliques reprennent des éléments végétaux à motifs de vigne ou d’olivier dans un format stylisé, aux lignes simples.
Mobilier et éléments décoratifs Art Déco de Provence
Les Seiz Breur, ou comment la Bretagne s’est appropriée l’Art Déco
Le mouvement régionaliste le plus représenté dans l’exposition du musée de Valence est le mouvement Seiz Breur. Ce courant artistique breton est né en 1923 autour de l’illustratrice (on dirait aujourd’hui graphiste) Jeanne Malivel et des artistes Suzanne et René-Yves Creston. Ils ont fédéré différents artistes et intellectuels bretons avec pour but d’exprimer de manière moderne les motifs traditionnels tout en valorisant les savoir-faire locaux. Ce sont eux qui sont en charge du pavillon Ty Breizh (la maison de Bretagne) lors de l’expo de 1925. Ils proposent ainsi tout un répertoire graphique qui renouvelle l’expression artistique bretonne, proposant ce qu’on nommerait aujourd’hui une nouvelle identité visuelle en s’appuyant sur les codes existants. Ce que nous considérons souvent comme des motifs traditionnels aujourd’hui sont en fait des interprétations Art Déco en lien avec les Seiz Breur.
Evocation de la salle de l’Osté de la maison de Bretagne à l’exposition de 1925, présentant le travail et les idées du groupe des Seiz BreurCafetière et sucrier de la faïencerie Henriot de Quimper, présentés lors de l’exposition de Paris en 1925Motifs dessinés par Jeanne Malivel pour des tissus ou des papiers peintsAssiettes à motifs bretons réinterprétés. Le décor de celle la plus à droite a été dessinée par le peintre Mathurin Méheut, qui a refusé de faire partie des Seiz Breur, mais a lui aussi réinterprété le graphisme breton dans les années 1920/1930Les illustrations issues de l’Art Déco en Bretagne se caractérisent par des couleurs franches et vives et des traits stylisés.
Modernités méconnues
L’exposition nous emmène suite explorer les savoir-faire régionaux et comment les industries ont intégré le vocabulaire de l’Art Déco dans leurs productions. Les exemples proposés sont avant tout issus des environs de Valence avec les soieries de Lyon, les rubans de Saint Etienne et les gants de Grenoble, mais la porcelaine et les émaux de Limoges sont aussi mis en avant. A travers des objets et échantillons de tissus et rubans, c’est toute la modernité du vocabulaire graphique Art Déco que l’on constate.
Motifs floraux de couleurs vives et fil d’or : les rubans reprennent les codes graphiques de l’Art DécoMotifs géométrique ou floraux mais toujours des formes claires, des couleurs vives et du doré !Catalogue de motifs de rubans stéphanois déposésTasses du service à boissons chaudes Stella en porcelaine de Limoges de la manufacture Chabrol Frères et PoirierService à dessert en porcelaine de Limoges de la manufacture Descote, Reboisson et BarangerOn ne serait pas vraiment surpris de trouver de la vaisselle avec ce motif rayons et nuages dans une boutique en 2025 ! Décor de Jean Luce pour la Manufacture AhrenfeldtQuand l’Art Déco des régions regagne Paris, il y est nommé « rustique » : le parisianisme n’est pas une nouveauté !
L’Art Déco à Valence et dans la Drôme
L’architecture, traces visibles de l’essor de l’Art Déco à Valence
Essentiellement sous l’impulsion des architectes Henri Joulie, Louis Bozon et Henri Garin, les bâtiments valentinois vont prendre les traits épurés de l’Art Déco. Il en reste aujourd’hui de très nombreux exemples. Ceux-ci sont localisés le long de l’ancienne Nationale 7, aujourd’hui avenue Victor Hugo, un quartier à l’extérieur des boulevards qui se développe entre les deux guerres. Il est en particulier boosté par le début du développement du tourisme, qui se fait alors en voiture. C’est ainsi que la station service Relais du Sud est aménagée, et offre encore actuellement sa silhouette iconique au regard des curieux. Parmi les bâtiments emblématiques, on trouve aussi l’immeuble à l’angle de l’avenue Victor Hugo et de l’avenue Pierre Semard (où se trouve maintenant le Monoprix), l’ancien grand magasin des Dames de France (devenu centre commercial Victor Hugo), et l’ancien palais consulaire.
Immeuble du 10 place Aristide Briand à Valence, architecte Henri Garin Villa de Monsieur Rey à Valence, architecte Henri JoulieIllustrations de Une cité moderne de Robert Mallet Stevens, l’architecte de la Villa Cavrois à Roubaix
Etienne Noël et la céramique de Dieulefit
Enfin, l’exposition évoque l’artiste Etienne Noël. Ce peintre est marqué par son passage (et sa blessure) dans les tranchées de la première guerre mondiale, où il croisera d’ailleurs Mathurin Méheut. Il développera ensuite une activité de céramiste et de verrier. Installé à Dieulefit, il crée des pièces utilitaires aux lignes modernes et originales, éloignées des formes traditionnelles. De même, en tant que verrier, il imaginera des coupes à champagne que l’on ne peut poser qu’une fois vides.
Service à thé par Etienne Noël
Avec plus de 300 objets présentés et un axe scientifique original centré sur les régions, cette exposition a été classée d’intérêt national. Toutefois si on ne connait pas le mouvement artistique Art Déco, elle peut sembler un peu difficile à aborder. Il ne faut donc pas hésiter à recourir aux outils de médiation, à lire les éléments de contextualisation à l’entrée de chaque salle et à se référer aux cartels. Une visite guidée est aussi une très bonne façon de ne pas se laisser submerger par des informations trop pointues.
Pour ma part, j’ai apprécié cette visite qui m’a permis d’approfondir les connaissances que j’avais déjà sur l’Art Déco, de mieux comprendre la façon dont il s’est décliné dans la vie courante à travers les objets utilitaires ou l’architecture et de faire le lien avec des objets croisés chez mes grands-parents ou trouvés dans des vide-greniers.
L’entrée de l’exposition
Exposition L’Art Déco des Régions, Modernités Méconnues Musée de Valence – Drôme – septembre 2025
Informations pratiques : L’exposition L’Art Déco des Régions, Modernités Méconnues est présentée au musée de Valence jusqu’au 11 janvier 2026. Une programmation de visites guidées et d’ateliers en lien avec l’exposition est proposée. L’ensemble des informations pratiques pour visiter l’exposition ou participer à un atelier est disponible sur le site internet du musée de Valence.
(*) Ma découverte de l’exposition a eu lieu dans le cadre d’une invitation à un instameet (collaboration commerciale non rémunérée). C’est toutefois une exposition que je serai allée voir de moi-même quoi qu’il en soit.
Entre ma journée à Chaumont et ma journée dans la Dombes, je suis passée par le Jura. J’en ai profité pour découvrir deux sites emblématiques de l’arc jurassien. Depuis longtemps, je souhaitais visiter la saline royale d’Arc et Senans (située dans le département du Doubs) et le village abbaye de Baume les Messieurs. En regardant le trajet à parcourir, je m’étais aperçue que ça ne me ferait pas un gros détour et j’avais justement une journée de libre. Je suis partie tôt de Chaumont dans l’idée de visiter dès le matin la saline afin d’éviter le gros de la chaleur, puis je suis allée chercher un peu de fraîcheur vers Baume les Messieurs.
Dans le Jura, à la sortie du village de Baume les Messieurs
La Saline Royale à Arc et Senans
Une utopie sociale
Depuis mes cours de philosophie de terminale, je suis très intéressée par les utopies sociales et leurs mises en œuvre qui ont fleuri au fil du XIXe siècle pendant la période de forte industrialisation. Mais déjà avant le XIXe siècle, certains penseurs avaient posés les prémices de ces utopies sociales. Parmi eux, on trouve Claude-Nicolas Ledoux, l’architecte de la saline royale. A la fin du XVIIIe siècle, il a imaginé un lieu où travail et vie personnelle seraient mêlés. La construction de la saline entre 1774 et 1779 se fait dans l’immense forêt de Chaux sur un site où il n’y a préalablement rien. Il s’agit de construire d’immenses fours à proximité des sources de bois, pour permettre d’extraire le sel contenu dans les eaux saumurés extraites du site de Salins à une vingtaine de kilomètres et envoyées via un saumoduc.
Le bâtiment d’entrée de la saline royale d’Arc et Senans
Le projet de Claude-Nicolas Ledoux prévoit bien entendu les immenses bâtiments de travail. Leur architecture néoclassique s’impose dès le bâtiment d’accès avec son immense portique, sa fausse grotte et surtout ses motifs décoratifs représentants des sources desquelles coule le sel. Ce motif décoratif est d’ailleurs répété sur l’ensemble des bâtiments. Une fois le portail d’entrée passé, on prend toute l’ampleur du projet de Ledoux : un demi-cercle de 370 mètres de diamètre est entouré de l’ensemble des bâtiments. Au fond, face au visiteur qui entre, la maison du directeur domine le site avec ses impressionnantes colonnes doriques. Autour, on trouve à la fois les bâtiments de travail, des bâtiments communs et les logements des ouvriers.
La maison du directeur et ses colonnes doriques
Emprisonné lors de la Révolution, Ledoux continuera à élaborer son projet de cité idéale de Chaux. Le cercle serait alors complété avec des habitations dont chacune disposerait d’un petit jardin pour y faire pousser ses légumes. Cela aurait à la fois permis d’occuper les ouvriers en dehors de leur temps de travail (avec l’idée que s’ils sont en train de faire le potager, ils ne sont pas à la taverne) et de participer à les nourrir. Ce principe sera ultérieurement repris dans les cités industrielles, en particulier dans les corons du Nord de la France.
Points de vue sur la maison du directeur
La complétion du cercle
En 2019, un projet a été lancé afin de fermer le cercle imaginé par Ledoux. Il ne s’agit plus de construire des logements mais de créer un espace vert. Aujourd’hui, ce Cercle Immense accueille une vingtaine de jardins imaginés par des paysagistes (un peu comme au château de Chaumont en bord de Loire), mais aussi une mare peuplée de grenouilles, un champ de céréales anciennes, quelques rangées de vignes et un potager dont la production est valorisée par le restaurant du site. De même tout autour des bâtiments, un cercle a été planté de différents jardins paysagers depuis longtemps. Il faisait très chaud le jour où j’y étais et j’ai particulièrement apprécié la fraîcheur du jardin de fougères.
Les brumisateurs du jardin de fougères apportaient une touche rafraichissante dans la chaleur estivale
Le site de Baume les Messieurs
Une abbaye devenue l’un des plus beaux villages de France
Après la visite de la saline royale d’Arc et Senans, je me suis enfoncée dans le Jura. J’ai pris la direction du village de Baume les Messieurs. En chemin, j’ai traversé de très beaux paysages, en particulier les vignobles du vin jaune autour d’Arbois. J’ai aussi vu pas mal de vaches dans les champs de cette région productrice du Comté. Je ne m’y suis toutefois pas attardée car je tenais à avoir le temps de profiter de Baume les Messieurs avant de redescendre dans l’Ain. Le village s’est développé autour d’une abbaye bénédictine, fille de l’abbaye bourguignonne de Cluny. Arrivée à l’heure du déjeuner, j’ai laissé ma voiture sur l’un des parkings extérieurs au village et j’ai traversé la petite rivière avant de trouver de quoi manger et un coin d’ombre.
Sous le soleil dans le village de Baume les Messieurs
Le village est maintenant classé à la fois comme petite cité de caractère et comme l’un des plus beaux villages de France. Il faut dire qu’il ne manque pas de charme, bordé de vieilles maisons et dominé par l’abbaye Saint Pierre. L’église abbatiale est devenue église paroissiale, tandis que les anciens bâtiments conventuels abritent logements, salles d’expositions et boutiques de créateurs au fil des différentes cours.
L’abbaye Saint Pierre de Baume les Messieurs : façade dans l’une des cours, architecture minimaliste de l’église romane originelle, et magnificence du retable en bois sculpté
Une petite randonnée pour aller voir la cascade
Situé au fond d’une reculée du massif du Jura, le village de Baume les Messieurs est aussi connu pour sa cascade de tuf et ses grottes (que je n’aurai pas le temps d’aller visiter cette fois). Du village à la cascade, il y a environ 2 kilomètres et demi. C’était l’occasion parfaite pour une petite randonnée (il est aussi possible de s’approcher du site en voiture). Il y a un chemin qui long le bas des falaises et la rivière en sous-bois à partir de la petite chapelle au lieu-dit la Roche. Il est aussi possible d’y aller en longeant la route. J’ai fait ce second choix car je n’avais que des sandales et aucune chaussure adaptée à la nature du chemin. Les paysages sont grandioses et m’ont rappelé ceux du Vercors (avec qui le Jura partage des caractéristiques géologiques).
Sur la route en direction de la cascade
Arrivée à la cascade et même si le débit était faible, il m’a été impossible de ne pas être impressionnée. La concrétion de tuf est immense. J’ai passé un long moment à l’admirer et à profiter de la fraicheur au bord de l’eau. J’ai aussi acheté un rafraichissement à la buvette située à proximité car je n’avais pas prévu ce qu’il fallait. Là, assise face à la cascade, j’ai juste contemplé l’œuvre de la nature. Puis, j’en ai fait le tour, ou du moins tout ce qu’il était possible d’en faire, avant de repartir en direction du village. J’ai juste pris le temps de retourner au bord de la rivière avant de reprendre la route, histoire de plonger mes pieds dans l’eau délicieusement froide.
J’ai trouvé que la cascade de tuf de Baume les Messieurs avait une tête de YorkshireEn revenant vers le village, il y avait de jolis points de vue sur l’abbayeLe bonheur de mettre les pieds dans l’eau glacée au pied du petit pont après avoir marché par une chaude journée d’été est indescriptible
Arc et Senans – Doubs Baume les Messieurs – Jura Juillet 2025
A noter : ces deux visites éclairs sont uniquement un très bref aperçu d’une région qui a l’air vraiment magnifique. Tout au long de la journée, quand j’étais sur la route, j’ai aperçu des sites qui avaient l’air très beaux et intéressants à découvrir. Je n’avais pas le temps de m’y arrêter et j’ai donc fait le choix de rester sur mon programme initial. Ce programme avait été fait par rapport à deux lieux dont j’avais beaucoup entendu parler et que je souhaitais vraiment voir. Mais j’ai bien noté que cette région est superbe et mérite très certainement que j’y retourne.
Quand, avec Melle 3e, nous avons appris qu’une exposition de grande envergure autour du peintre Cezanne allait avoir lieu à Aix en Provence, nous avons tout de suite cherché à quel moment nous pourrions y aller. Entre mon travail et son planning estival chargé, nous avons repéré un lundi de juillet. Nous avons alors aussitôt réservé nos places pour l’exposition, en choisissant un créneau matinal pour avoir le temps d’en profiter. Elle m’a alors parlé de l’atelier de Cezanne pour le visiter aussi. Là, on s’est mal comprises : elle parlait du dernier atelier du peintre, aux Lauves, tandis que je pensais à son premier atelier au Jas de Bouffan. J’ai donc réservé une visite au Jas de Bouffan pour l’après-midi. Il restait juste à trouver un hôtel le dimanche soir et prévenir Mr 1er (qui habite à Aix) pour partager un moment avec lui. Nous étions prêtes à partir dans les pas de Cezanne à Aix en Provence !
La bastide du Jas de Bouffan, maison de famille de Paul Cezanne
Cezanne au Jas de Bouffan, une exposition au Musée Granet
Melle 3e et moi avons appris chacune de notre côté la tenue de l’exposition consacrée à Cezanne au Musée Granet d’Aix. C’est en constatant que les nombreux prêts exceptionnels du Musée d’Orsay au Musée de Valence étaient habituellement localisés au Musée Granet que j’ai cherché pour quelle raison ils étaient déplacés temporairement. Quant à Melle 3e, elle l’a appris par son professeur d’histoire de l’art. Une telle exposition à 2 heures de route de la maison, nous ne pouvions pas la manquer.
En apercevant ce tableau, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà vu alors qu’il ne fait pas partie des tableaux célèbres de Cezanne. En lisant les informations, j’ai compris que je l’avais en effet sans doute déjà vu car il est habituellement exposé au Musée des Beaux-Arts de Montréal.
Intitulée Cezanne au Jas de Bouffan, l’exposition s’intéresse donc aux années aixoises du peintre. Issu d’une famille qui s’est embourgeoisée après le succès du père de Paul en affaires, le peintre commence sa formation à l’école municipale de dessin, dans les locaux de l’actuel Musée Granet. Paul a 21 ans quand son père achète la bastide du Jas de Bouffan. L’artiste y fera nombreuses expérimentations, peignant directement sur les murs ou utilisant ses toiles recto verso. Il fera ensuite des allers retours à Paris où il rencontre Camille Pissaro qui l’initiera à la lumière. Les toiles de Cezanne prennent alors une autre tournure, moins sombre, plus délicate. Aix reste son point d’ancrage et il y passe la plus grande partie de son temps. Le Jas de Bouffan l’inspire et est très souvent représenté dans ses tableaux. De là, il voit la montagne de la Sainte Victoire qui devient également un de ses sujets de prédilection. Il fait également des portraits des habitants du Jas ou des amis de passage.
Maison et ferme du Jas de Bouffan, tableau de Paul Cezanne qui a servi pour l’affiche de l’exposition
J’ai vraiment apprécié cette exposition dont la progression est très lisible, des premiers essais de Cezanne aux tableaux de sa fin de vie. La présentation chronologique s’entremêle avec une présentation plus thématique, mettant en avant les récurrences dans l’œuvre du peintre. Dans les natures mortes, on retrouve les mêmes objets comme le pot à olives vert ou le pot à gingembre bleu. Plusieurs tableaux présentent des compositions similaires tout en étant réalisés dans des styles différents comme dans les différentes versions des baigneurs et baigneuses ou celles de la partie de cartes. Les cartels et outils de médiation sont très clairs et apportent des éléments de compréhension sur le vie du peintre et son travail, même pour ceux qui découvrent l’artiste. Enfin, c’est l’occasion de voir des œuvres de Cezanne habituellement éparpillées dans les musées du monde entier (Canada, Etats-Unis, Japon, différents pays européens) mais aussi dans des collections privées. Ce sont plus de 130 œuvres de Paul Cezanne qui sont exposées sur les murs du Musée Granet, pour un plaisir visuel indéniable.
La Maison du Jas de Bouffan, peinture de Paul Cezanne Mon plus gros coup de cœur parmi les œuvres présentées.jardin du Jas de BouffanBaigneuses et baigneursJoueurs de CartesTableaux de Paul Cezanne
La bastide du Jas de Bouffan, lieu de création
Après avoir un peu flâné en ville, et déjeuné à l’ombre de grands platanes sur une petite place, nous sommes parties pour la bastide du Jas de Bouffan. Heureusement que nous avions prévu un peu de marge avant le rendez-vous pour notre visite guidée car le GPS de la voiture nous a mal dirigées (nous avons pu nous retrouver avec l’aide de Google Maps..), et une fois sur place, nous avons constaté l’absence de stationnement proche. Coup de chance, en nous éloignant un peu, nous avons trouvé une (vraie) place dans une petite rue du quartier. Après la vérification de nos billets d’entrée, nous avons pu découvrir le jardin. Et là, c’était littéralement comme pénétrer dans un tableau de Cezanne. Après avoir vu le matin ses représentations des lieux, c’était vraiment chouette de les découvrir en vrai. En plus, un peu partout dans le parc, des chevalets ont été disposés avec des reproductions des tableaux devant l’emplacement représenté.
Découvrir la réalité des lieux représentés par Cezanne
A l’heure dite, notre guide est venue nous chercher au point de rendez-vous. Elle a commencé par nous donner quelques consignes car la maison est encore en chantier. Nous avons d’ailleurs croisé des ouvriers lors de la visite. Toutes les pièces ne sont pas sécurisées et les lieux sont exigus. Sans être inintéressante, la visite de la bastide n’est pas non plus exceptionnelle (du moins à ce jour alors que les travaux de restauration ne sont pas achevés). J’ai malgré tout trouvé intéressant de voir le grand salon dont Paul Cezanne avait décoré les murs à même le plâtre. Ces « fresques » ont ensuite été en partie vendues à la découpe quand la maison a changé de propriétaires. Nous en avions vu quelques morceaux le matin, et les découvrir projetées à leur emplacement réel était intéressant. Parmi les autres pièces visitées, il y la cuisine provençale restaurée dans son état du XVIIIe siècle (avant donc l’achat de la bastide par les Cezanne), et la chambre de Léda, dont les décors de gypserie ont inspiré Paul Cezanne. Enfin, la visite se termine par l’atelier que le père de Paul Cezanne lui avait fait installer au dernier étage avec son immense verrière.
On voit bien la verrière de l’atelier du peintre au dernier étage
Après cela, nous avons pris le temps de nous balader dans le jardin. C’est la partie de notre visite à la bastide du Jas de Bouffan que j’ai préféré. Là, tout rappelle les tableaux de Paul Cezanne : le bassin devant l’orangerie, les fontaines qui le bordent, les grands arbres. Les différences les plus notables avec l’état à la fin du XIXe siècle sont que les platanes ont remplacé les marronniers dans l’allée. Par ailleurs, on ne voit plus la Sainte Victoire depuis le jardin, entre la végétation qui a poussé et l’urbanisation de ce qui était alors la pleine campagne et est devenu un quartier d’Aix à part entière.
Les abords du bassin à la bastide du Jas de Bouffan
Informations pratiques
Cezanne 2025
L’exposition Cezanne au Jas de Bouffan se tient jusqu’au 12 octobre 2025 au Musée Granet (place Saint Jean de Malte, dans le quartier Richelieu). Côté temps de visite, nous avons passé plus de 2 heures dans l’exposition. C’est sans doute plus que la majorité des visiteurs car Melle 3e prend des notes (nous nous sommes fait beaucoup dépassées…).
Précision sur l’estimation du temps de visite: Ayant vraiment apprécié l’exposition, j’y suis retournée fin août avec Mr 1er. Nous avons parcouru l’exposition un peu plus rapidement car il ne prend pas de notes, ne lit pas tous les cartels et que pour ma part, j’avais déjà lu l’ensemble des textes. Nous avons mis un peu moins d’1h30. Cela me semble être le temps raisonnable à prévoir, et je ne pense pas qu’on puisse vraiment profiter de l’exposition en moins d’une heure.
Attention : le dispositif de sécurité à l’entrée du musée est impressionnant. Il n’est pas autorisé d’entrer dans l’exposition avec un sac trop volumineux, un sac à dos même de petite taille ou un sac à main qui ne peut pas se porter en bandoulière devant soi. Une consigne est disponible sur place. Il faut aussi prévoir d’arriver en avance par rapport à son créneau horaire pour passer la sécurité tranquillement.
La bastide du Jas de Bouffan(dans le quartier du même nom) est ouverte à la visite guidée uniquement actuellement car elle est encore en chantier de restauration. La visite dure 1 heure à l’intérieur de la maison, mais il est possible de profiter librement du jardin avant et après. A noter : il est interdit de boire à l’intérieur de la maison, mais quand nous y étions (un jour de forte chaleur) il y avait une fontaine d’eau potable (et fraîche) à côté de l’orangerie. Attention, il n’y a pas de stationnement à proximité immédiate de la bastide du Jas de Bouffan. Nous avons eu la chance de trouver une place dans une rue à quelques centaines de mètres, mais j’ai regretté de ne pas avoir pris l’option de venir en bus depuis le centre ville ni même d’avoir fait le trajet à pied (environ 1,5 km depuis la Rotonde).
ATTENTION : pour toutes ces visites, la réservation est obligatoire. Elle peut se faire en ligne via le site cezanne2025 ou à l’accueil de l’office de tourisme d’Aix en Provence (300 avenue Guiseppe Verdi, à côté de la place de la Rotonde). Certains créneaux horaires partent très vite, particulièrement pour les visites à petite capacité de la bastide et de l’atelier. Aussi je vous conseille de réserver dès que vous savez quel jour vous venez.
La fontaine de la Rotonde
Se loger, se restaurer
Hôtel Escaletto(74 Cours Sextius) : Mr 1er habite à Aix en Provence mais son studio est trop petit pour nous accueillir. J’avais donc réservé un hôtel en bordure immédiate du centre piéton ancien d’Aix. Je l’avais choisi en raison de son emplacement, permettant d’aller à pied chez Mr 1er et au musée Granet. En arrivant, j’ai aussi eu la bonne surprise de découvrir que l’hôtel possède un rooftop avec vue sur la Sainte Victoire. J’y ai profité le soir du coucher du soleil et le matin du lever du soleil. Nous y avons par ailleurs très bien dormi.
lever de soleilcoucher du soleilfin de journéeDepuis le rooftop de l’hôtel
Les Fils à Maman(42 rue de la Verrerie) : un restaurant dans une ancienne chapelle à la décoration très vintage, surfant sur la nostalgie des 80’s. A l’entrée, l’effet wahou est garanti. La carte est ludique, mention spéciale pour la planche de tapas à partager. Le choix de cocktails est intéressant.
Quelques idées supplémentaires à Aix en Provence
Dans le cadre de l’année Cezanne, plusieurs lieux proposent des expositions thématiques. Par ailleurs, il est aussi possible de visiter l’atelier des Lauves, dernier atelier de Paul Cezanne qu’il fait lui-même construire (uniquement en visite guidée). Comme nous n’y sommes pas allées cette fois puisque j’ai confondu l’atelier des Lauves et la bastide du Jas de Bouffan, nous en avons noté la visite pour un prochain passage à Aix, tout comme celle des carrières Bibemus.
Le Musée des Tapisseries est situé à côté de la cathédrale dans l’ancien palais épiscopal. J’en ai eu de bons échos mais sans avoir encore l’occasion d’y aller.
L’Hôtel de Caumont accueille des expositions temporaires de grande qualité. Nous y avions vu celle consacrée à Chagall il y a une dizaine d’années et l’an dernier l’exposition sur Mucha. Jusqu’au 5 octobre 2025, c’est Nikki de Saint Phalle qui est exposée.
La Fondation Vasarely permet de découvrir le processus créatif du plasticien dans un véritable show-room de l’art cinétique.
Le centre ville d’Aix est très agréable pour s’y balader. Les rues sont bordées d’anciens hôtels particuliers et les places sont ponctuées de fontaines (Aix vient du latin acqua qui signifie eau). La cathédrale possède un baptistère paléo-chrétien ainsi qu’un cloître remarquable.
Si la culture bouge tout au long de l’année dans la Drôme, l’été arrive chaque fois avec son lot de belles expositions, mais aussi de concerts et de spectacle, en particulier en plein air. Cet été 2025 ne déroge pas, et les propositions que j’ai déjà pu tester ont une nouvelle fois prouvé que notre beau département sait accueillir des manifestations de qualité. Bien sûr, je n’ai pas encore coché toutes les cases de ma liste de découvertes pour la saison. Mais voici déjà un petit aperçu de ce que j’ai vu, en espérant vous inspirer si vous habitez ou passez dans la région au cours de l’été.
A Valence, Hubert III, un des Voyageurs de Bruno Catalano a posé sa valise (ou presque) à côté de la mairie depuis le mois de mai.
Deux expositions exceptionnelles au musée de Valence
Cet été, le musée de Valence nous gâte particulièrement avec des expositions et accrochages exceptionnels. Je vous ai déjà parlé de l’exposition des planches du livre Jazz d’Henri Matisse qui ont pris place dans la salle des arts graphiques. Deux autres expositions viennent actuellement agrémenter la visite du musée (qui, je le rappelle, vaut déjà la découverte même sans exposition spéciale).
Le Messager de Jaume Plensa accueille le visiteur devant le musée de Valence
Toros intime
Sur le plateau d’art contemporain, ce sont les œuvres du sculpteur Toros qui ont pris place. Ce sculpteur, d’origine arménienne est né à Alep en 1934. Il viendra s’installer dans la Drôme en 1967. Il finira par installer son atelier à Romans sur Isère, où il est décédé en 2020. Ses sculptures ont en commun des lignes fines et épurées, évoquant souvent le mouvement. Toros a réalisé de nombreuses sculptures pour l’espace public. On en retrouve ainsi à Valence, Romans, ou encore au bois des Naix à Bourg de Péage, mais aussi un peu partout en France ou à l’étranger (essentiellement en Syrie et en Arménie). Il a aussi imaginé de nombreux monuments au message plus politique, qu’il s’agisse de la mémoire des victimes du génocide arménien (par exemple à Valence), d’un hommage au groupe de résistants de Missak Manouchian (à Valence également) ou aux victimes des attentats de Romans sur Isère. Mais l’angle choisi cette fois par le musée nous invite à découvrir une facette plus intime de Toros, avec des œuvres de plus petite taille. J’ai aimé découvrir cet aspect de l’œuvre de Toros, empreint de douceur, et d’espoir.
Superposition de reflets – sculpture de Toros et fenêtres du musée
Giacometti et les prêts exceptionnels du Musée d’Orsay
Le musée de Valence a la chance d’accueillir des prêts exceptionnels du musée d’Orsay. Ceux-ci sont habituellement présentés au musée Granet d’Aix en Provence où ils ont dû laisser temporairement la place à une grande exposition consacrée à Cézanne. Ce sont ainsi 22 œuvres d’artistes majeurs que l’on peut découvrir à Valence tout l’été. Parmi les artistes, citons Picasso, Nicolas de Staël, Chardin, Fernand Léger ou encore Bram van Velde. Mais le plus impressionnant, ce sont les œuvres de Giacometti, tableaux et sculptures formant un ensemble homogène des années 1940 à 1960. Le musée leur consacre d’ailleurs une salle monographique.
Bram van Velde
Je dois avouer que si j’avais déjà quelques fois eu l’occasion de voir des sculptures de Giacometti, jamais je n’avais été touchée par celles-ci. La dernière fois, c’était lors de ma visite du Musée Bourdelle à Paris où une sculpture de Giacometti était mise en parallèle de celles de Bourdelle qui a été son maître ou encore de Germaine Richier, également élève de Bourdelle. J’avais trouvé intéressant de visualiser la filiation et les points communs mais sans ressentir d’émotion particulière devant l’œuvre de Giacometti. Or, au musée de Valence, entourée des tableaux et des sculptures de l’artiste suisse, je crois que j’ai enfin saisi une partie de l’âme de ceux-ci.
Là, à quelques centimètres de cette sculpture de Giacometti, entourée de ses œuvres, j’ai ressenti une émotion forte, intense, comme si j’avais établi une connexion avec l’âme de l’artiste
Au fil des salles du musée
Les œuvres prêtées par le musée d’Orsay sont réparties dans différentes salles du musée. C’est donc aussi l’occasion de revoir certains tableaux mais également d’en découvrir d’autres, soit parce qu’ils sont nouvellement accrochés, soit parce qu’ils n’avaient jusqu’alors pas attiré mon regard. Et si vous visitez le musée pour la première fois, ne manquez surtout pas le panorama depuis la terrasse et celui depuis le belvédère.
Je n’avais encore jamais fait attention au tableau de Dufy sur la gauche… ou peut-être n’était-il pas accroché ?jeu de reflets dans le petit cabinet rouge, aka ma nouvelle salle favorite du musée de Valence !
Genesis, la magie des photos de Sebastião Salgado à Montélimar
Après les photographies de William Klein l’année dernière, le musée d’art contemporain de Montélimar accueille un autre photographe d’exception. C’est l’exposition Genesis du photographe franco brésilien Sebastião Salgado qui est en effet accrochée sur les murs de l’ancienne caserne Saint Martin. Ce photographe de renommée internationale est connu pour son travail de photojournaliste. Economiste, il a appris la photo en autodidacte au début des années 1970 et en a ensuite fait son métier. Il a parcouru le globe dans un souci de témoignage constant. Genesis est présentée pour la première fois en 2013, en même temps que sort le livre éponyme. Depuis, l’exposition circule de musée en galerie.
L’entrée de l’exposition Genesis (on retrouve le même graphisme que pour Play play play de William Klein l’été dernier)
Genesis est le résultat de voyages photographiques ayant eu lieu entre 2004 et 2012. Cette exposition (une des expos photos les plus vues dans le monde) est un hommage à la beauté et à la fragilité du monde. C’est Lelia Wanick Salgado, l’épouse du photographe, qui se charge de la curation et de la scénographie. Rien n’est laissé au hasard pour mettre en valeur les images de Sebastião. Celles-ci, toujours en noir et blanc, toujours avec un grain rappelant celui des pellicules photo, présente des compositions percutantes. Le but est clairement de susciter des émotions, sans nécessairement s’accompagner de longues explications. La nature est belle et il faut donc la protéger.
Le caractère très épuré de la scénographie rend encore plus percutante les images. (Et j’aime toujours autant les possibilités infinies de jeux de perspective au musée d’art contemporain de Montélimar)
20 ans séparent ces deux images d’un même lieu. Sur la ferme familiale des Salgado au Brésil, Lelia et Sebastião ont fondé l’Instituto Terra, une ONG qui replante des arbres d’espèces endémiques sur des terres rendues arides par une sur-exploitation.J’avais découvert les photos de Sebastião Salgado en 2019 au Centre du Patrimoine Arménien de Valence qui avait exposé Autres Amériques.
L’Arménie du sacré, une exposition pour les 20 ans du Centre du Patrimoine Arménien
Sur les traces des arméniens de Valence
Cette année, le Centre du Patrimoine Arménien de Valence fête ses 20 ans. Depuis 2005, cet équipement culturel public (il dépend directement de Valence Romans Agglo) propose une programmation sur des thématiques à fort enjeu géopolitique pour aider à appréhender le monde contemporain. Migrations, conflits contemporains et vivre ensemble sont au cœur des sujets abordés au centre du patrimoine arménien. Le point de départ de l’exposition temporaire est l’exil du peuple arménien suite au génocide de 1915 et l’arrivée dans la vallée du Rhône. C’est l’occasion de comprendre ce qui différencie un génocide d’un massacre ou encore ce qu’est un apatride. Le visiteur découvre ensuite les raisons de l’installation massive d’arméniens à Valence et dans ses environs, les préjugés auxquels ils ont été confrontés et comment ils se sont intégrés tout en perpétuant leurs traditions, leur langue et leur religion.
une œuvre en hommage à celles et ceux qui ont du tout abandonner pour migrer ouvre l’exposition permanente – le parti pris est de regarder l’exil des arméniens dans les années 1920 à travers le prisme valentinois
L’Arménie du sacré à l’épreuve du temps
L’exposition temporaire anniversaire du Centre du Patrimoine Arménien a été conçue en collaboration avec la fondation Boghossian de Bruxelles et le Musée Arménien de France. Différents artistes contemporains, photographes et plasticiens, proposent leur vision du sacré dans l’Arménie d’aujourd’hui (ou plutôt leur regard actuel dans ce qui composait autrefois l’Arménie avant l’annexion par l’Empire Ottoman).
Lydia Kasparian pose un regard photographique autour du Mont Ararat. Petite-fille d’un exilé arménien formé à la photographie qui fondé le studio Boissière, fille de Roger Kasparian photographe des stars des sixties, Lydia découvre le pays de ses racines en 2020 seulement. Elle en ramène un reportage photographique à la fois contemplatif et mystique.
Photographies de Lydia Kasparian
Pascal Convert est un plasticien qui travaille sur les sites archéologiques détruits. Après les Bouddhas géants de Bamiyan, il s’intéresse en 2018 aux katchkars du cimetière de Djoulfa, à la frontière de l’Azerbaïdjan et de l’Iran, détruits au cours des 30 dernières années pour des raisons idéologiques. Ces stèles funéraires massives sculptées d’entrelacs ont été datées du XIIe au XVIIIe siècle. Le cimetière en comptait environ 10 000 au début du XXe siècle et encore 3000 juste avant sa destruction systématique.
Photographies de Pascal Convert
Antoine Agoudjian est un photo reporter qui nous entraine sur les traces de la mémoire des Arméniens. Du Mont Ararat au Haut Karabagh, ses images, tantôt en couleur, tantôt en noir et blanc, renvoient un message de résistance et de transmission de cette mémoire partagée. En écho, des objets prêtés par le Musée Arménien de France rappellent l’héritage culturel millénaire de l’Arménie.
Photographies d’Antoine Agoudjian au Haut KarabaghLivre ancien en arménien
Des ateliers pour découvrir autrement
Tout au long de l’année, le Centre du Patrimoine Arménien propose des ateliers accessibles aux enfants et aux adultes. Entre ateliers créatifs, visites contées ou même visite apéro, il y a de quoi plaire à tout le monde. J’ai eu la chance d’être invitée pour découvrir un aperçu de ces différents ateliers et ils m’ont beaucoup plu. Mon coup de cœur va à l’atelier cyanotype qui permet facilement de repartir avec un tirage unique. J’ai aussi beaucoup apprécier la visite apéro qui se termine dans le patio pour un temps d’échange plus informel avec les équipes du centre.
Dans le patio / exemples d’ateliers créatifs
Le Barbier de Séville, en plein air à Grignan
Cela fait quelques années maintenant que je ne manque pas d’assister à l’une des représentations théâtrales de l’été dans la cour du château de Grignan. Chaque année, une nouvelle pièce est montée dans le cadre des Fêtes Nocturnes, portées par le département. Chaque année, c’est une production de qualité à partir d’un grand texte classique. Cet été, c’est Le Barbier de Séville qui a été choisi. Cela avait de quoi me plaire d’entrée de jeu car j’aime beaucoup cette pièce de Beaumarchais. Entre comédie pure et critique sociale, elle multiplie les punchlines et avait fait l’objet de plusieurs entrées dans mon carnet de citations au lycée.
Dans la cour du château avant le « lever de rideau »
C’est Jean-Philippe Daguerre qui signe la mise en scène. Dans la cour, une scène en forme d’arène donne une tonalité hispanisante. Mais le metteur en scène tire aussi parti du château, utilisant les fenêtres du premier étage pour figurer celles de la maison de Bartholo et des jalousies à travers lesquelles Rosine fait la connaissance d’Almaviva. La mise est en scène est vive, festive, joyeuse,… En un mot : jubilatoire. Les acteurs sont supportés par un musicien et une chanteuse qui reprennent les airs connus de l’opéra Le Barbier de Séville de Rossini durant les intermèdes. Le spectacle dure 1h45 mais on ne les voit pas passer, emportés par le tourbillon qui se joue sur scène.
Fin du spectacleLe salut final, de gauche à droite : Petr Ruzicka (violon / alto), Hervé Haine (L’Eveillé), François Raffenaud (Bartholo), Jean-Baptiste Artigas (le Comte Almaviva), Marion Bosgiraud (Rosine), Pascal Vannson (Figaro), Tullio Cipriano (Don Basile), Jean-François Toulouse (La Jeunesse / le notaire), Sabine Revault d’Allonnes (chant / violon)
Informations pratiques et autres suggestions
Pour ceux qui veulent découvrir ces propositions en vrai
Musée de Valence : place des Ormeaux, 26000 Valence. L’accrochage de Jazz d’Henri Matisse est visible jusqu’au 5 octobre 2025. Jusqu’au 30 novembre 2025, le Musée de Valence accueille des prêts exceptionnels du Musée d’Orsay, comprenant entre autre des oeuvres de Giacometti, Fernand Léger, Picasso, Chardin, Paul Klee, Tal Coat ou Nicolas de Stael. Enfin, l’exposition Toros intime prend place sur le plateau d’art contemporain jusqu’au 31 août 2025. Pour connaitre les horaires d’ouverture du musée et les conditions de visite, il faut se rendre sur leur site internet.
Musée d’art contemporain de Montélimar : place de Provence, 26200 Montélimar. L’exposition Genesis de Sebastião Salgado est présentée jusqu’au 24 août 2025. L’entrée est gratuite pour tous. Les horaires d’ouverture sont disponibles sur le site internet de la ville de Montélimar.
Centre du Patrimoine Arménien : rue Louis Gallet, 26000 Valence. L’exposition temporaire L’Arménie du sacré à l’épreuve du temps est visible jusqu’au 1er février 2026. Le parcours permanent est accessible à partir de 7/8 ans à l’aide des outils de médiation dédiés aux enfants. Si la thématique peut sembler « dure », elle est abordée avec finesse et discernement pour ne pas heurter les plus jeunes publics. Le programme des ateliers, mais aussi des spectacles et des conférences, ainsi que les conditions de visite sont disponibles sur le site internet du Centre du Patrimoine Arménien.
Fêtes nocturnes de Grignan : dans la cour du château, 26230 Grignan. Le Barbier de Séville est joué tout l’été, jusqu’au 23 août. La représentation commence à 21.00. Il est possible de profiter du coucher de soleil sur les terrasses du château avant. La réservation est indispensable. Il est possible de profiter d’une restauration légère au café Louis-Provence dans le bosquet avant le spectacle et d’y prendre un rafraichissement ou une boisson chaude après. Si vous souhaitez diner au restaurant avant le spectacle, je vous conseille de réserver. Nous ne l’avions pas fait et nous avons eu beaucoup de chance de trouver encore une table (pour 2) en faisant le tour des restaurants à 18.30. Il est aussi possible si on vient avec son pique-nique de s’installer dans l’herbe aux abords du village.
Selfie-musée
Pour ceux qui aimeraient avoir des idées supplémentaires
J’ai bien entendu repéré d’autres propositions pour la suite de l’été, et même le début de l’automne, dans la région. J’ai en particulier noté :
Bruno Catalano – Traversée Commune au centre d’art de Crest, jusqu’au 5 octobre 2025. L’artiste qui installe ses Voyageurs dans le monde entier a son atelier à Crest.
[Edit du 16/08/25]Le souffle du Nord est le nouveau spectacle de l’association Upidum. Il aura lieu du 25 au 29 août, chaque soir au domaine de Valsoyo à Upie. J’avais beaucoup aimé Andarta, leur précédent spectacle, et j’ai hâte de découvrir celui-ci.
Devant le musée d’art contemporain de Montélimar, une annonce pour l’exposition
Drôme – été 2025
A noter : La visite du Centre du Patrimoine Arménien, avec l’aperçu des ateliers qui y ont lieu, a été faite dans le cadre d’un instameet à l’invitation de Valence Romans Tourisme et du Centre du Patrimoine Arménien (collaboration commerciale non rémunérée). Si vous me suivez depuis un moment, vous aurez peut être noté que je vais régulièrement au CPA pour y découvrir les expositions temporaires, toujours qualitatives. Je n’ai pas attendu d’être invitée pour y aller et y retourner. Pour preuve, parmi les dernières expositions du CPA chroniquées par ici, il y en a une par an depuis la migration du blog ici :
L’aventure photographique des Kasparian (évoquée plus haut dans cet article) en 2021
J’étais allé au château musée de Tournon sur Rhône il y a très longtemps, plus d’une dizaine d’années. J’y suis retournée un après-midi du mois de mai. Il domine la ville de Tournon mais surtout, il surplombe le Rhône en faisant face à la ville de Tain et la colline de l’Hermitage. Venez, je vous emmène découvrir ce qui se cache derrière la lourde porte…
La porte d’entrée du château en bois clouté est très impressionnante.
Un musée entre histoire locale et beaux-arts
La partie muséographique de la visite s’attarde essentiellement sur l’histoire locale. C’est l’occasion au fil de la déambulation dans les différentes pièces d’évoquer les évènements majeurs qui se sont produits au château de Tournon, comme la mort du fils ainé de François 1er, et les personnages importants liés à la ville.
Evocation d’Hélène de Tournon, fille de Claude de la Tour-Turenne (une dame d’honneur de la future Reine Margot), décédée des suites d’un chagrin d’amour à 18 ans et dont le tragique destin aurait inspiré le personnage d’Ophélie dans la pièce Hamlet de Shakespeare.
D’autres salles du musée évoquent la vie liée au fleuve : la batellerie et les mariniers, les joutes, ou encore l’histoire des passerelles imaginées par Marc Seguin. Cet ingénieur ardéchois, originaire de la région d’Annonay, a en effet mis au point une technique de pont suspendu à l’aide de câbles formés de faisceaux de fils de fer. La première mise en œuvre de cette technologie sur une grande échelle aura lieu entre Tain et Tournon, avec l’édification d’un premier pont sur le Rhône en 1825 (ce premier pont sera détruit en 1965, l’actuelle passerelle Marc Seguin a été construite en 1847 selon le même principe).
Depuis une des salles du château, vue sur la passerelle Marc Seguin, édifiée en 1847 selon le principe déjà mis en pratique par l’ingénieur en 1825 avec la construction du premier pont de grande longueur suspendu par câbles de fils de fer.
Les autres salles emmènent le visiteur à la découverte d’artistes ayant un lien avec la ville, soit parce qu’elle a été leur sujet d’inspiration, soit parce qu’ils y sont nés ou y ont travaillés. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Marcel Antoine Gimond. Ce sculpteur, renommé dans la période de l’entre-deux-guerres, était né à Tournon. Parmi ses réalisations les plus connues, on peut notre la statue dorée de Flore sur l’esplanade du palais de Trocadéro à Paris. Mais le plus beau bijou conservé au château-musée de Tournon se trouve dans l’ancienne chapelle du château. Là, on découvre un triptyque commandé par le cardinal François de Tournon (un proche de François 1er) et peint en 1555 par le peintre florentin Giovanni Capassini sur le thème de la Résurrection. A l’origine, ce triptyque se trouvait dans la chapelle du collège de Tournon (aujourd’hui, le lycée Gabriel Faure), fondé par le cardinal. Au fil du temps, l’un des panneaux du retable s’est retrouvé à intégrer les collections du musée du Louvre tandis que les deux autres étaient restés à Tournon. Suite à un prêt du Louvre, le château de Tournon peut présenter aux visiteurs le triptyque complet.
Le triptyque de la Résurrection, présenté dans l’ancienne chapelle du château de Tournon.La sculpture de la femme pensive par Marcel Antoine Gimond m’a fait penser à la Pénélope de Bourdelle. Renseignements pris, il y a très certainement une filiation entre les deux car Gimond a été l’élève de Maillol qui fut lui-même élève de Bourdelle.Après l’exploration des espaces intérieurs, il est temps de sortir pour profiter des deux terrasses du château.
Des terrasses panoramiques
Le château dispose de deux terrasses panoramiques, au nord et au sud, chacune d’un côté du logis. Chacune permet de disposer d’une vue magnifique sur la ville dominée par les vignes de Saint Joseph d’un côté et sur le Rhône, la ville de Tain et la colline de l’Hermitage de l’autre. Il faisait très beau lorsque je suis allée visiter le château et j’ai largement profité de ces moments en extérieur, à admirer le paysage.
Les toits de la ville de Tournon sont dominés par le vignoble de l’appellation Saint Joseph et les anciennes tours de guêt.Le clocher de la collégiale Saint Julien dépasse des toits des maisons et hôtels particuliers de la vieille ville de TournonDe l’autre côté du Rhône, la colline de l’Hermitage surplombe la ville de TainLes deux ponts suspendus reliant Tain à Tournon au dessus du Rhône. Celui avec la pile centrale a été construit par les frères Seguin au milieu du XIXe siècle. C’est maintenant une passerelle piétonne.
Tournon sur Rhône – Ardèche – mai 2025
(*) Le château musée de Tournon accueille en complément régulièrement des expositions temporaires. Lors de mon passage, celle-ci était consacrée au bicentenaire du premier pont suspendu sur le Rhône, conçu par Marc Seguin et inauguré en 1825. Elle s’est terminée le 1er juin. Le programme des expositions ainsi que les conditions, horaires et tarifs, de visite sont à retrouver sur le site internet du château musée de Tournon.
Au pied du château, sur un mur de la mairie, les rosiers grimpants étaient en pleine floraison